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Tout le monde en parle. Une fois n’est pas coutume, l’ensemble des titres de la presse présents à Mayotte évoquent cette semaine la conférence de presse de la mission parlementaire, organisée samedi dernier avant le départ des députés français vers Paris. Et pour cause : "La commission parlementaire, si peu avide de commentaires en début de semaine dernière, a créé l’événement au cours de cette conférence en pointant du doigt, avec une franchise de parole, des réalités locales devant lesquelles nombre d’entre nous préfèrent se mettre des oeillères plutôt que d’en débattre", écrit ainsi Saïd Issouf dans les colonnes de Mayotte Hebdo.
Dans la même veine, Kashkazi titre "Mission parlementaire : des tabous tombent". Selon Rémi Carayol, "on peut d’ores et déjà dire que leur discours a permis de lever certains tabous tenaces. A commencer par celui qui consiste à dire, à Maore, qu’il n’existe aucun lien historique ou familial entre les îles. (…) Autres constats qui vont à l’encontre d’idées très répandues : l’inefficacité de la "bunkerisation" de Maore ; l’urgence de régulariser certains travailleurs sans-papiers dans différents secteurs ; l’importance de rouvrir le robinet des visas, fermé depuis plus de trois ans à l’ambassade de France ; et enfin, surtout, la nécessité de mettre en place une véritable coopération régionale". Et le titre du jeudi de conclure : "Ce discours (…) démontre que l’esprit de la République si souvent dévoyé ces derniers temps –surtout à Maore- signifie encore quelque chose".
Samuel Boscher, dans Le Mahorais, s’interroge pour sa part sur les conséquences de cette mission : "Si personne ne sait à quelle sauce Mayotte sera demain cuisinée, il s’avère toutefois que les ingrédients du plat ont été identifiés. De quelle manière seront-ils accommodés et associés ? Cela est une autre histoire, l’important étant sans doute que la fée République se soit à nouveau penchée sur le berceau des parfums…" Et de conclure : "Comment aller vite pour résoudre le problème de la clandestinité lorsque l’une des solutions proposées est avant tout de faire progresser l’économie de l’Union des Comores pour fixer sa population ? Des mesures rapides en la matière, cela prend combien de temps ? Que leur déclenchement soit rapide est une chose, leur aboutissement en est une autre. Alors, comme le préconise les membres de la commission, il faudra réformer l’état civil, accélérer son efficacité, résorber les implantations clandestines, freiner les arrivées, aller vite dans tous les domaines…"
L’actualité de la semaine à Mayotte a également été marquée par la grève des agents d’EDM et les coupures d’électricité qui ont, comme le titre Mayotte Hebdo, paralysé l’île. "A la veille de Noël, de nombreux Mahorais se seraient bien passés du mauvais cadeau que les agents de la production de la centrale des Badamiers leur ont offert", débute Faïd Souhaïli. Qui cite le patron du Medef, Michel Taillefer, pour qui cette grève signifie "perte de chiffres d’affaires, employés au chômage technique, unités de productions arrêtées, marchandises jetées"… Et le journaliste de conclure : "Les pertes subies par les uns et les autres ne sont pas encore chiffrées, mais si l’addition est présentée à la direction d’EDM, elle risque d’être salée". Son directeur, Laurent Canavate, n’a pas manqué pour sa part de critiquer ces coupures dans son éditorial sentencieux : "Il y a deux points", écrit-il. "Le premier tient en une question : peut-on avoir tout comme la métropole pour aujourd’hui ? Je ne le pense pas. (…) Le deuxième point concerne la forme de la revendication. En quoi la population, les entreprises, les administrations assurant un service au public sont concernées par les revendications de quelques dizaines de salariés. Qu’ils règlent ce souci avec leurs responsables : Etat et Collectivité".
Dans l’Union des Comores, c’est le remaniement ministériel du gouvernement de l’île d’Anjouan qui fait parler. Selon Kashkazi, "tout indique que la président Bacar a subi plus qu’il n’a voulu ce changement. S’il a réussi à temporiser les effets du bras de fer qui se jouait depuis plusieurs semaines entre son gouvernement et sa majorité à l’Assemblée de l’île, il a anticipé son dénouement en donnant raison à la majorité parlementaire", écrivent Kamal Ali Yahoudha et Kamal’Eddine Saindou. Qui concluent : "Il s’agit d’une crise majeure qui traduit le malaise généralisé que connaît l’île. Malaise ressenti en premier lieu par la population, mais dont les effets sociaux et politiques ont fragilisé la majorité au pouvoir. Après trois gouvernements dont le bilan est très contesté, le président Bacar n’a plus droit à l’erreur".
Bizarrement, ce remaniement ne fait pas la une des deux autres titres comoriens. Al-Watwan et L'Archipel consacrent leur première page cette semaine à la conférence des donateurs pour les Comores deux semaines après la tenue de celle-ci à l'île Maurice, le 8 décembre. Sous le titre le "Suivi et la mobilisation", le directeur de la publication du journal gouvernemental justifie la redondance par l'importance de l'événement qui en tant que tel "comporte un avant et un après" écrit-il dans son éditorial. Prévenant ses lecteurs qu'il n'a pas fini de mâcher ce sujet, Mohamed Abdou Soimadou lance que "désormais pendant au moins les quatre années à venir les Comores vont vivre à l'heure et au rythme de l'après Maurice". Dans son ton habituel de la virulence, le directeur de L'Archipel retient de ce rendez-vous de "tous les espoirs", la confirmation de la mendicité devenue une seconde nature pour les Comores. Sous son titre "L'humiliation", le directeur du périodique écrit qu'"il faut s'attendre dans les jours prochains (la machine est déjà en route depuis deux semaines, ndlr) à une éruption de louanges dithyrambiques pour saluer un événement "historique"". Historique est l'angle choisi par Aboubacar Mchangama qui débute son pamphlet en rappelant que "c'est la troisième conférence de bailleurs en 30 ans d'indépendance, la quatrième si l'on ajoute le Congrès mondial sur la culture islamique tenu à Moroni en juillet 1992… qui devait définitivement nous enlever de la gale". Et le directeur de L'Archipel de proposer qu'il "faut se mettre la tête à l'envers pour pouvoir lire à l'endroit le 'succès' de Grand Baie" (la ville mauricienne qui a accueillie la conférence, ndlr). Une posture qui selon lui, ne peut que renvoyer à "l'humiliation" que renferment les déclarations des dirigeants des deux pays qui ont invité à cette conférence, Thabo Mbéki d'Afrique du Sud et Navin Ramgoolam de Maurice. Déclarations qui mettent en évidence, poursuit le journal indépendant, "l'incurie de nos dirigeants" lesquels, "après plus d'un siècle d'assistanat colonial, se sont depuis 30 ans, accommodés de la culture de la mendicité, inoculée par un message politico-religieux adossé au factum".
En décalage avec l'actualité du fait d'une périodicité aléatoire dans sa parution, L'Archipel consacre 5 pages de reportages sur les derniers événements survenus à Mayotte et tente de répondre aux interrogations que suscite la position de l'Etat comorien de retirer le dossier de Mayotte à l'Assemblée générale des Nations Unies. Qu'est-ce qui garantit à Azali que "son successeur respectera l'engagement pris?" se demande le journal soulignant que non seulement ce dernier "n'est pas tenu forcément de mettre ses pas dans les traces laissés, mais pourrait bien dénoncer le deal conclu". Autre question soulevée par le journal indépendant, "le président de l'Union peut-il être poursuivi pour haute trahison?" dans ce dossier de Mayotte. Saïd-Ahmed Saïd Tourqui répond que "parler de Mayotte dans une indiscernable 'entité mahoraise', pourrait être interprété (selon l'article 12 de la Constitution comorienne) comme un manquement grave aux devoirs de cette charge". Ce qui correspond "selon la coutume démocratique en droit constitutionnel" à un des deux cas de haute trahison, conclu le journaliste.
Pour évoquer le dossier mahorais, Al-Watwan est allé interviewer Christian Job. L'Ambassadeur de France aux Comores répond à Ahmed Ali Amir que "la nouvelle" (de la participation des athlètes mahorais aux jeux de l'océan Indien en 2006, ndlr) a été "très heureusement et très favorablement accueillie par la France et le Gouvernement français". Elle ne pourrait l'être autrement précise le diplomate français qui considère "qu'on ne peut pas demander à la fois d'aller librement à Mayotte, en tout cas beaucoup plus facilement, et empêcher les jeunes maorais de participer aux différents jeux qui sont organisés dans la région". Entre ces concessions de part et d'autre, Christian Job situe quelque part les preuves d'une "normalisation" des relations avec une France qui compte tenu de la place qu'elle occupe dans l'océan indien justifie que "nous soyons non seulement attentifs à ce qui se passe aux Comores, mais que nous nous montrions réellement solidaires". La France se prépare selon Christian Job, "à reprendre sa coopération militaire principalement centrée sur deux secteurs, la formation pour les gendarmerie, mais également une coopération pour la surveillance des eaux, relevant de l'autorité des Comores". L'autre volet important est l'appui "à l'Union des Comores à accueillir en 2010 les jeux des Jeunes de l'océan indien" a-t-il ajouté. Un repositionnement conditionné comme pour le reste de la communauté internationale, au respect de l'échéance électorale de la présidentielle de l'Union prévue début 2006, a insisté le représentant de la France aux Comores.
A des années lumières de ces problématiques matérialistes, Kashkazi profite de la fête des Chrétiens, Noël, pour évoquer la situation des minorités religieuses. Si on pratique dans l’archipel un Islam pacifique, écrit Kamal’Eddine Saindou, "il est socialement difficile pour un Comorien d’afficher publiquement une foi autre que celle de la majorité musulmane de son pays". Le journal cite le cas de deux jeunes Mahorais, Idrisse et Hassani, musulmans convertis au christianisme, qui disent prier en cachette : "Peut-être qu’un jour ça changera, mais en 2006 c’est encore une honte" d’être chrétien, dit l’un d’eux. Le cas des Africains est également traité. Ainsi Yvette, originaire du Congo, raconte ses difficultés à être noire et catholique à Mayotte : "Les gens sont agressifs quand ils apprennent que je suis catholique. Ils me lancent des injures. Ma fille de 9 ans se faisait insulter. Et moi je ne pouvais rien dire".
KES et RC
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