|
Les trombes d'eau qui sont tombées à Moroni hier n'ont pas perturbé la cérémonie commémorative des 15 ans de la Force comorienne de défense (FCD) (re)baptisée depuis 1996 Armée nationale de développement (AND) en fusionnant avec la gendarmerie. L'occasion pour les militaires de démontrer leur force aux trois cent personnes qui ont fait le déplacement. Sous la tente dressée à l'occasion, plus de trois cent personnes représentant le gouvernement, les différentes institutions de l'Etat, le personnel de l'administration, les missions diplomatiques et les organisations internationales ont assisté à une série d'exercices. Outre les parades, un groupe d'élites des Forces comoriennes de défense s'est livré à une opération de libération d'otages.
Cette première commémoration de la création de la première armée comorienne post-indépendance, a permis aux responsables militaires d'évoquer les pages d'une histoire qui n'a pas toujours été glorieuse. "Les Forces ne sont que des subordonnés exécutantes et je dois vous le dire que, malgré les rares défaillances, les erreurs normales, voire les fautes qu’elles auraient commises, nos Forces ont toujours répondu présentes, à chaque fois que le besoin se faisait sentir" dixit le président Azali. De son côté, le chef d'état-major de l'AND, le colonel Soilih, a rappelé qu'"au-delà des péripéties de l'histoire de cette nation, la défense de la souveraineté de ce pays nous incombera toujours". En dépit de cette histoire mitigée, le président Azali a rendu hommage appuyé à ces "patriotes". "Je sais parfaitement les conditions difficiles, dans lesquelles ils s’acquittent de leurs missions d’intérêt national. Ce qui ne les empêche pas de les assumer, avec beaucoup de cœur et un professionnalisme exemplaire" a-t-il souligné.
Restructuration nécessaire
Après plusieurs restructurations débutées en 1978, les forces comoriennes s'interrogent sur leur rôle. Pour le chef de l'Etat comorien, "l’AND doit être à l’avant-garde, car il est établi, qu’il n’y pas de développement sans sécurité et, dans ce domaine, notre armée est bel et bien, le principal artisan". Outre les missions de souveraineté, Azali n'exclue pas de faire jouer à l'armée un rôle qu'elle n'a jamais assuré, celui d'être un vecteur de cohésion sociale en "intégrant dans ses rangs, des jeunes hommes et femmes, pour leur apprendre le civisme, la citoyenneté, la rigueur, la discipline, l’armée assume un rôle fondamental, dans la meilleure formation de leurs concitoyens, à mieux servir leur pays, au lieu de se servir".
Pour faire jouer aux forces armées ce rôle d'épine dorsale du pays, le président sortant conclut à une nécessaire "restructuration pour s’adapter à la nouvelle donne du pays. Elle doit aussi et surtout, se recycler pour assumer des devoirs sur le plan national et international. Il est évident que pour assumer ce rôle, hier comme aujourd’hui ou demain, l’armée doit agir d’une façon harmonieuse, coordonnée et efficace". Azali en a profité pour rappeler les exécutifs des îles à la raison en rappelant "qu'il est impossible d’envisager que soient créées au sein de notre Nation, quatre armées, sous couvert de forces de sécurité intérieure. Ce serait suicidaire pour le pays et, au vu de ce qui se passe ailleurs, incompréhensible pour l’ensemble de nos partenaires. Si certaines missions de sécurité, peuvent être assurées séparément, avec un équipement adapté et parce que cela est techniquement faisable, et ne présente aucun risque pour le pays, d’autres, en revanche, doivent impérativement s’exécuter, en parfaire harmonie, d’une façon coordonnée et complémentaire, sous une seule chaîne de commandement".
Azali reconnaissant
Le choix du président Azali d'adresser au terme de son mandat, ses vœux de nouvel an aux Comoriens devant ses frères d'armes qui l'ont propulsé au pouvoir a suscité des commentaires qui ne lui ont pas échappé. Ainsi a-t-il débuté son message en expliquant son choix. "Je ne doute pas qu’en faisant le choix de ce lieu, pour livrer ce message à la Nation, d’aucuns se demanderont légitimement, les motivations de ce choix. Ils auront tout à fait raison. D’autres, comme à leur habitude, toujours animés par la malhonnêteté, vont verser bien de l’encre et de la salive pour une multitude d’interprétations. Mais cela ne regarde qu’eux-mêmes. Pour ma part, je trouve cet exercice tellement solennel qu’il mérite bien d’être effectué en un lieu symbolique de notre Nation". Mieux encore, il s'est senti obligé de revenir sur cet épisode en précisant que "c’est ici même, à Kandani où, en avril 1999, devant la menace imminente d’une guerre fratricide, que j’ai pris la parole, au nom de l’Armée Nationale de Développement, pour annoncer l’interposition des Forces Comoriennes, afin d’épargner à notre pays les conséquences affreuses des troubles les plus durs que notre pays ait connus dans son histoire contemporaine." L'on retiendra cependant qu'il s'agit du "dernier coup d'état issu des rangs de l'armée" a-t-il indiqué dans son discours en langue comorienne, même s'il a réitéré sa reconnaissance aux forces armées "d'avoir accompagné l’évolution de notre pays, avec toute la vigilance et la patience exigées, sur le chemin laborieux de sa réconciliation nationale, afin de l’aider à consolider son unité et à avancer progressivement vers son développement socio-économique".
Kamal'Eddine Saindou |