Le secrétaire d'Etat français à l'Outremer, Yves Jégo, est arrivé à Moroni jeudi 15 mai en milieu d'après-midi, après une courte escale à Mayotte (lire l'encadré).
Avant de se rendre à Moroni, M. Jégo a fait une courte escale à Mayotte, où il a défendu l'idée d'une coopération régionale soutenue.
"Développer la coopération"
Quelques heures avant son arrivée à Moroni, le secrétaire d'Etat a reçu un accueil bien plus chaleureux à Mayotte.
Arrivé en fin de matinée, il s'est offert une petite virée en bateau afin de rejoindre directement depuis l'aéroport l'hôtel Sakouli, où s'est tenu ces deux derniers jours la Conférence sur la coopération régionale dans l'océan Indien. Devant les ambassadeurs français de la zone ainsi que des représentants du Conseil général et du Conseil régional de la Réunion, M. Jégo a affirmé sa volonté de voir émerger de nombreux projets en matière de coopération régionale. "Dans ce monde en mutations, face aux crises alimentaires, au défi énergétique, au changement des lieux de production vers des pays qui ne sont pas si éloignés de nous [l'Inde et la Chine, ndlr], nous devons réagir et agir" a-t-il asséné. Dans ce contexte, "la coopération régionale doit être un axe fort de la politique de l'outremer français". Il faut sinon en finir, du moins dépasser, selon lui, "les liens charnels" hérités du passé entre l'outremer et la métropole. "C'est une réalité qu'il ne faut pas nier" a-t-il dit, "mais il faut aussi savoir ouvrir nos économies vers notre environnement immédiat quand les enjeux de la mondialisation en offrent l'opportunité". Si les élus réunionnais ont bien compris cet enjeu depuis quelques années, qu'en pensent les élus mahorais ? s'est interrogé Yves Jégo. "J'entends votre volonté de voir Mayotte devenir une RUP [Région ultra-périphérique de l'Union européenne, ndlr]. Mais une RUP pour quoi faire ? Dans quel objectif ? Dans quelles perspectives ? Voilà l'enjeu !" Citant le tourisme, la pêche, l'activité portuaire et l'agriculture comme des domaines dans lesquels la coopération doit se développer entre les îles de la zone, le secrétaire d'Etat a demandé aux ambassadeurs français et aux élus réunionnais et mahorais "des actes forts et visibles" et "des accords précis, écrits, chiffrés avec les pays partenaires". Ainsi la coopération sera source "de paix et de fraternité", a-t-il conclu non sans faire référence à son voyage délicat à Moroni et à la tension entre les responsables de l'Union des Comores et Mayotte…
Il y a rejoint son homologue chargé de la Coopération, M. Joyandet, afin de prendre part à la première réunion du Groupe de travail de haut niveau (GTHN) entre la France et les Comores. Sa venue a provoqué une manifestation jeudi matin, organisée par les députés de l'Union.
Dans la matinée, plusieurs dizaines de manifestants se sont amassés dans le centre de la capitale pour dénoncer cette visite qualifiée d'"inopportune". Une trentaine de députés de l'Union, dont le président de l'Assemblée, Saïd Dhoifir Bounou, ont manifesté leur hostilité en marchant pacifiquement, depuis l'Assemblée de l'Union, jusqu'à l'Assemblée de l'île de la Grande-Comore, où ils ont improvisé un rassemblement. Alors que des banderoles arboraient des slogans tels que "Non à la visite aux Comores du ministre français des colonies" ou "Non à l'occupation illégale de l'île comorienne de Mayotte par la France", à la tribune, les députés ont lu un communiqué rédigé la veille lors de l'assemblée générale, dans lequel ils condamnent "la décision du gouvernement comorien de lever l'interdiction de refoulement des Comoriens se trouvant à Mayotte" et la visite des deux secrétaires d'Etat français, estimant qu'il s'agit d'une "provocation". En effet, ils n'encaissent pas la présence dans cette délégation d'Yves Jego, qualifié de "ministre des colonies" et à qui les députés reprochent des "propos désobligeants" vis-à-vis des autorités comoriennes tenus avant que Sambi ne rouvre les frontières. Après quelques discours, la foule s'est dispersée aux alentours de midi.
Arrivé vers 16 heures, M. Jégo n'a donc pas assisté à cette manifestation. Dès son arrivée dans la capitale comorienne, Yves Jégo a rejoint son homologue chargé de la Coopération, Alain Joyandet, afin de participer à la première réunion du Groupe de travail de haut niveau (GTHN) entre la France et les Comores. Il a par la suite rencontré le ministre des Relations extérieures, Ahmed Jaffar, puis le président de l'Union des Comores, Ahmed Abdallah Sambi. Outre le cas Bacar, auquel l'Ofpra a refusé l'asile tout en s'opposant à un renvoi aux Comores (lire par ailleurs), les hauts responsables ont évoqué la question des reconduites à la frontière, celle de Mayotte, et celle de la reprise d'une coopération soutenue. Trois conventions devaient être signées hier soir entre la France et les Comores, dont une doit prendre en charge les arriérés des salaires des fonctionnaires comoriens en poste à Anjouan.