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Se lancer. Cet impératif, beaucoup de chefs d'entreprises le connaissent. Cependant, les conditions financières jouent grand rôle dans la capacité de se lancer. Il est plus facile de s'aventurer quand les arrières sont assurés. Alors, quand une personne subit une période de chômage de longue durée ou quand la pauvreté attaque les rêves d'indépendance de cette personne, il est d'autant plus dur de "se lancer", cela devient même impossible. L'Adie prend alors le masque de Zorro, enfin d'un Zorro des temps modernes. Ce qui veut dire que le héros est rompu au système capitaliste. Il est toujours aussi riche, aide les pauvres ou les démunis mais à moindre risque, si on peut considérer le sergent Garcia comme un risque. L'Adie prête de l'argent. Elle ne donne pas, il faut même la rembourser avec les intérêts. Pourtant, ce système apporte un vrai plus pour lutter contre la pauvreté qui, malgré toutes les assistances tant décriées, sévit à Mayotte. Les micro-crédits, puisqu'il s'agit de cela, existent sur l'île depuis 1996. Ils proviennent d'une idée du prix Nobel de l'économie 1998 Amartya Sen. Cet indien a initié les Bangladais des campagnes à la libre entreprise. Un individu, majoritairement une femme, a besoin d'un crédit afin d'ouvrir un service de proximité tel un service téléphonique ou de fax/photocopieur... Une banque lui prête l'argent qui représente un dixième d'une goutte d'eau pour elle. Résultat : le taux de recouvrement du prêt est bien meilleur que pour les prêts normaux (5% d'impayés pour l'Adie locale). En ce qui concerne les entreprises, leur durée de vie dépasse largement celle des créations d'entreprises classiques (70% au bout de deux ans à Mayotte). Souffou Chamsane Binti n'est que dans ses sept premiers mois d'activité. Elle resplendit dans son magasin de M'tsamboro. Un tapis plastique recouvre le sol, les murs oranges brillent autant que le sourire de cette jeune femme de 23 ans. Ouverte depuis septembre 2004, la boutique vend de la papeterie, des antennes paraboliques, des bijoux fantaisies, un peu de boissons. "Les gens n'arrêtent pas de me demander pourquoi je ne vends pas de tomates concentrées comme dans les douka. Ils ne comprennent pas pourquoi j'ai choisi de vendre autre chose", s'étonne Chamsane. "Nous avons beaucoup de mal à faire comprendre l'intérêt de diversifier les produits vendus comme de diversifier les activités ", lui répond comme dans un écho Dassami Faharidine, déléguée régionale de l'association. Pourtant, les affaires fonctionnent. Chamsane gagne dans les 1.000 euros par mois. 75 euros servent à recouvrir l'emprunt. Elle a déjà le projet d'ouvrir le même magasin a M'tsangamouji, sa ville natale. L'Adie l'aidera, une dernière fois, ensuite la Banque française commerciale remplacera l'association pour rentrer dans le système d'emprunt classique et plus "impitoyable", mais Chamsane aura des reins plus solides que quelques mois auparavant assez pour se lancer, sans filet cette fois?ci. Gérôme Guitteau Le système de crédit Tout crédit nécessite une caution morale qui se porte garante du prêt à 100%. Tout projet passe devant une ?commission bénévole. La BFCOI, la Mission locale, l'Agence française pour le développement, le Cabinet mahorais de conseil et un chef d'entreprise composent le comité. Le prêt solidaire plafonne à 5.000 euros, avec un taux d'intérêts de 5.20% sur un maximum de 24 mois. Il est cumulable avec d'autres subventions, notamment celle de la Boutique de gestion. Le prêt familial agit comme un complément financier. C'est une sorte de prêt à la consommation d'après la délégation régionale. Trois personnes parrainent le 1er prêt se fixe à 1.000 euros maximum, avec un taux d'intérêt de 9%, remboursable sur 24 mois. Une bourse de matériel est aussi disponible. Elle met à la disposition d'une entreprise du matériel nécessaire à l'activité comme un réfrigérateur pour une épicerie ou une machine à coudre pour une couturière. Le forfait est figé à 16 euros par mois. La bourse est cumulable avec le prêt solidaire. La Collectivité finance en majeure partie l'Adie Mayotte. La Direction du travail de l'emploi et de la, formation professionnelle, la Dass, la Délégation aux droits des femmes contribuent aussi au financement des 350.000 euros de crédits alloués en 2004. Depuis 1996, 1.300 entreprises ont bénéficié du système, 320 crédits sont en cours, 200 nouveaux projets sont attendus en 2005.
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