"L'Africom est doté d'une triple fonction : défense, diplomatie et économie, destinée à permettre aux secteurs pertinents du gouvernement des États-Unis de collaborer efficacement avec leurs partenaires africains sans les « divisions bureaucratiques » que dresse actuellement un commandement divisé."
Si dans un premier temps, les Chefs d’Etat se battaient ongle et bec pour abriter le Commandement américain en Afrique (Africom), aujourd’hui force est de constater que l’engouement a cédé la place à la prudence. Tous les pays qui voulaient s’abriter sous la coupole américaine à travers l’Africom, ont renoncé à l’installation d’une base américaine sur leur territoire, pour ne pas subir des représailles de la part des réseaux terroristes qui se réclament de Alquaïda.
Même voilée derrière une apparente philanthropie, le projet est loin de faire l'unanimité au sein des états africains. Le Nigéria a déjà fait savoir, par la voix de son ministre de la Défense, Yayale Ahmed, qu'il refusait l'installation du quartier général d'Africom sur son sol.
Pourtant l'administration américaine y met les formes en rappelant que "
les États-Unis consacrent à l'Afrique un budget annuel s'élevant à quelque 9 milliards de dollars", alors que "
leurs programmes liés à la sécurité africaine ne reçoivent qu'environ 250 millions de dollars par an.". Une présentation qui ressemble fort à un écran de fumée destiné à masquer l'envie des Etats-Unis de renforcer leur présence militaire en Afrique et dans l'Océan Indien.
En réponse à l’intervention de l’attaché militaire de l’ambassade du Niger qui estimait que toute présence militaire étrangère, française ou américaine, «
c’est vraiment indécent pour l’Afrique », Mme Yates, adjointe au commandant chargée des activités civiles et militaires (DCMA) au commandement des Etats-Unis en Afrique (Africom), a expliqué que le commandement de l’Africom ne veut pas plus qu’une «
coopération militaire et civile pour l’amélioration de la situation sécuritaire » avec les pays africains. «
L’idée c’est d’aider les forces militaires à assurer la sécurité, ce qui contribuera à améliorer la situation économique », dit-elle également en réponse à l’intervention d’un député.
Selon la BBC, le Maroc, l’Algérie et la Libye auraient refusé de répondre favorablement à la demande américaine de baser le centre de commandement sur leur sol. Le Nigeria, qui mène la fronde anti-américaine, a alerté la SADC et l’Union africaine : «
C’est à l’Afrique d’assurer sa sécurité, pas à d’autres !»
Récemment, des visio-conférences ont été organisées dans plusieurs pays de la zone afin de leur présenter le projet "US Africa Command", nom de code : Africom. A Maurice, cette présentation a eu lieu dans les locaux de l’ambassade des États-Unis à Port-Louis. L'Ile Maurice, où, malgré les liens qui lient le pays au bloc anglo-saxon (l'Ile Maurice fait partie du Commonwealth), l'accueil est assez mitigé. Il est vrai que l'Ile Maurice a déjà donné : elle a dû faire l'impasse sur l'archipel des Chagos pour accéder à son indépendance en 1968 et l'ile de Diego Garcia est toujours occupée par une base militaire américaine, fortement soupçonnée d'abriter une prison clandestine, "annexe" de Guantanamo. Elle est une pièce maîtresse dans le dispositif militaire américain pour sa guerre en Irak.
Les américains ne veulent pas faire d’amalgame entre l’Africom et la base militaire de Diego Garcia : «
ça n’a rien à voir. Pour le dossier de Diego Garcia, les discussions se poursuivent entre la Grande-Bretagne et Maurice», explique tranquillement l’ambassadeur US à Maurice, Cesar Cabrera.
La Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC), dont l'Ile Maurice fait également partie, élèvent la voix pour faire savoir qu’ils s’opposent à ce projet. Mary Carlin Yates, a du reste reconnu l’existence de «
sentiments mitigés» parmi les pays africains.
Certaines craintes exprimées jusqu’ici sont liées aux motifs non avoués de l’Africom, selon lesquels les États-Unis chercheraient à avoir des bases pour contrecarrer le terrorisme en Afrique, s’opposer à l’influence économique grandissante de la Chine sur ce continent et exercer un contrôle sur les gisements pétroliers africains.
Le Libéria dont le sous-sol est riche en pétrole, est pour l’Africom et se propose même d’abriter son quartier général.
De même que l’Ethiopie. Ce pays de la Corne de l’Afrique souhaite ardemment l’arrivée des militaires américains sur son sol.
Pour le Mali, d'après le site mali.fr, "
un éventuel engagement du pays aux côtés de Bush dans sa guerre [contre le terrorisme (ndlr)] ne serait pas exclu" . Précisant : "
Le Mali a été l’un des pays africains côté par les Américains où des pluies de dollars se sont abattues ces dernières années".
Une visite intéressée
Selon un communiqué du Département d'Etat des Etats Unis datant du 29 janvier dernier, le président Bush va effectuer une visite de travail dans cinq pays africains du 15 au 21 février prochain : Bénin, Tanzanie, Rwanda, Ghana et Libéria..
De nombreux analystes politiques voient là l'expression d'une nécessité pour G. Bush, d'"
expliquer" aux pays africains, tout le bien qu'ils pouraient tirer de ce renforcement de la présence américaine sur leur continent.
E.T. avec l'Express Maurice, Mali.fr, le Quotidien d'Oran.