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Dimanche 3 février, une cargaison de gazole est arrivée. « Cela faisait plusieurs jours qu'on n'avait quasiment plus d'électricité. Il n'y avait quasiment plus de taxi aussi », dit un étudiant. Mardi 5 février, les taxi avaient repris leur cirque –moins nombreux qu'à l'accoutumée cependant-, et les coupures d'électricité étaient rares, mais il n'y avait toujours pas d'essence ni de pétrole lampant. Dans les foyers, on cuisine au feu de bois ; dans les rues, on marche. Jamais Mutsamudu n'a paru aussi calme que ces derniers jours. Il y a bien quelques commerçants qui proposent du pétrole et de l'essence achetés à Mohéli ou à Grande Comore, mais les prix en rebutent plus d'un : le litre du pétrole est à 1.000 francs comoriens, contre 250 en temps « normal » ; l'essence peut monter jusqu'à 1.500 fc… Conséquence : le prix du poisson (les pêcheurs utilisent du pétrole lampant pour leurs vedettes) a plus que doublé, passant de 500 ou 600 fc à 1.250 voire 1.500 fc. « On n'avait jamais vu ça à Anjouan », dit un habitant de Mirontsy. Même la viande congelée a légèrement augmenté. Seul le riz est stable. « Pour ça, il n'y a rien à redire », affirme un Mutsamudien. « Si sur certains produits les commerçants en profitent, sur le riz, on n'est pas lésés. » Eternel optimiste, Abdou Madi, porte-parole du gouvernement, promet dans les jours qui viennent l'arrivage d'une cargaison d'essence et de pétrole.
Pas de quoi raviver la flamme cependant, et ce, même si un porte-conteneurs a accosté mardi au port de Mutsamudu. C'est que la crise économique se fait de plus en plus violente. Les fonctionnaires n'ont pas été payés depuis le mois de juillet. Les commerçants vendent peu. « C'est la récession comme on n'en avait pas connu depuis longtemps », affirme l'un d'eux. Surtout, la chape de plomb imposée par le régime Bacar est oppressante. Il est quasi impossible de discuter sereinement avec des gens dans la rue. On nous invite à se retrouver plus tard, dans un bureau, une maison… « Mais pas ici ». Et la nuit si possible… Quoi qu'en disent ses dignitaires, le régime Bacar fait peur et s'est attiré la haine d'une grande partie de la population. « Je ne connais pas une personne qui ne soit en faveur du débarquement - à part les quelques Bacaristes, mais ils ne sont pas nombreux », dit un étudiant. « Les gens sont prêts à payer le prix d'un conflit sanglant. Ils sont prêts à prendre le risque de se faire tuer, pour voir Bacar disparaître », regrette un médecin, qui préfèrerait une issue diplomatique. Pour lui comme pour d'autres intellectuels –Caambi el-Yachourtui, membre du gouvernement Bacar en fait partie-, « c'est encore une fois le peuple qui va en payer le prix fort »…
Le reportage intégral se trouve dans Kashkazi du 6 février 2008 disponoble sur www.kashkazi.com |