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La flambée des prix des produits agricoles est donc une opportunité de
sortir de la rhétorique de la coopération régionale pour proposer des
solutions concrètes à la problématique de sécurité alimentaire et de
développement. Qui plus est, ce type d’opération est co-financé par les
États et les opérateurs économiques eux-mêmes et non par des bailleurs
de fonds traditionnels. Ce genre d’initiative publique-privé, donne de
nouvelles impulsions à la coopération régionale et mobilisent des
ressources additionnelles au niveau national pour financer des
investissements transfrontaliers. C’est le cas notamment au niveau de
la coopération en cours, d’une part, entre Maurice et Madagascar, et,
d’autre part, entre Maurice et le Mozambique.
Maurice s’est donnée comme ambition d’accroître de façon significative
la production agricole, d’ici 2015, en ayant recours aux innovations, à
des nouvelles méthodes de production, le développement de nouveaux
produits et l’accès aux nouveaux marchés. Les besoins de Maurice, en
termes de produits alimentaires sont de l’ordre de 700,000 tonnes
tandis que le pays n’arrive à produire qu’environ 25 pour cent de ses
besoins pour nourrir sa population. Vu l’exiguïté de son territoire et
la concurrence dans l’utilisation des terres par les différents
secteurs de l’économie, Maurice n’a pas beaucoup de choix. Son atout
demeure l’expérience et les compétences que le pays a accumulées durant
ses 40 dernières années en matière de production sucrière et de
diversification économique à travers l’industrialisation et le
développement du secteur des services, le tout ancré dans une politique
globale visant à moderniser la société afin de répondre aux nouveaux
besoins de la population. Cultiver dans les pays de la région pour
assurer la sécurité alimentaire de Maurice, est la stratégie qui est en
train d’être réactivé depuis quelques mois déjà. La démarche consiste à
encourager les opérateurs agricoles et les entrepreneurs du secteur
pêche à saisir les opportunités d’affaires disponibles dans des pays
comme Madagascar et le Mozambique, dans le cadre des Initiatives
Transfrontalières (Cross-Border-Initiative).
Des opérateurs mauriciens impliqués dans la production de fruits et
légumes et autres produits alimentaires se sont implantés depuis
plusieurs années à Madagascar. Ces opérateurs servent soit le marché
malgache soit exportent leur production vers des marchés très
rémunérateurs, notamment l’Union Européenne. Les échanges entre les
îles ont été plus lents dus à des problèmes phytosanitaires. Il ne faut
pas oublier que Madagascar était dans le passé le grenier des îles de
la zone avec des produits comme le riz vendu sous le label ‘Perles de
Madagascar’ et des zébus sur pattes. Or aujourd’hui, Madagascar fournit
seulement 1% de besoins de Maurice en produits alimentaires. Des
possibilités d’augmenter l’exportation des produits de la mer, des
fruits et des légumes vers Maurice, existent. Si la coopération
régionale peut favoriser l’accès à des produits de qualité et
acceptables en termes de normes phytosanitaires, encore faut-il que le
prix soit abordable pour le consommateur.
Le Mozambique est l’autre Etat de l’Océan Indien faisant partie du
processus de l’Initiative Transfrontalière à travers les
investissements et un transfert de compétences et d’expériences.
L’investissement vers le Mozambique n’est pas nouveau. Déjà en 1995, un
consortium mauricien avait réhabilité une usine sucrière à Marromeu, au
Mozambique. Cette dernière emploie environ 4000 personnes à plein temps
et fournit de l’électricité à tout le village. Actuellement, dans le
cadre d’un accord avec l’Etat Mozambicain, Maurice dispose de 5000
hectares de terre au Mozambique pour des projets agricoles. Des
potentiels existent aussi dans le secteur pêche, notamment le
développement de la pêche artisanale et l’aquaculture. Depuis 2002, un
accord de principe existe dans le domaine de la pêche mais cet accord
reste à être opérationnalisé. Il faut dire qu’il n’y a pas eu,
jusqu’ici, de bousculades au portillon. La flambée des prix des
produits agricoles et la restructuration de l’économie mauricienne sont
en train de changer la donne et de forcer l’Etat mauricien à revoir sa
stratégie de coopération avec certains pays de la région de l’Océan
Indien. Dans cette nouvelle perspective, la sécurité alimentaire de
Maurice passe par la région et à terme, contribuera à donner une
nouvelle dimension à la coopération sud-sud dans l’Océan Indien.
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