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«Nous sommes au beau milieu d'une nouvelle ère de migrations », qui représentent désormais « un phénomène mondial », a déclaré le Secrétaire général lors de la présentation de son rapport intitulé « Migrations internationales et développement ». Ce rapport, qui s'appuie notamment sur une étude de la Commission mondiale sur les migrations internationales, vise en partie à remettre en cause certaines idées reçues. Par exemple, « la population migrante compte presque autant de femmes que d'hommes ». Le rapport examine donc le rôle du genre dans les migrations internationales et l'impact que celles-ci ont sur les questions de l'égalité entre les sexes. « Il ne peut y avoir que très peu de pays qui ne sont pas, d'une façon ou d'une autre, touchés par les migrations internationales, dont les décideurs reconnaissent de plus en plus l'importance pour le développement », a fait observer le Secrétaire général. « On a de plus en plus la preuve que les migrations internationales sont profitables. Ce n'est pas un hasard -- et cela ne devrait surprendre personne -- si bon nombre de pays qui étaient, il n'y a pas si longtemps, essentiellement des sources de migrants -- par exemple, l'Irlande, plusieurs pays du sud de l'Europe, la République de Corée et le Chili -- ont connu un développement spectaculaire et jouissent maintenant d'une économie florissante qui attire les migrants ». « Et pourtant»-- et c'est là le troisième point développé dans le rapport - « il serait de toute évidence naïf de prétendre que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes des migrations ». « Nous connaissons tous trop bien », a dit Kofi Annan, « les dérives auxquelles de nombreux migrants sont exposés, que ce soit en transit, lorsqu'ils sont la proie de passeurs et de trafiquants -- avec des conséquences parfois fatales -- ou dans les pays où ils s'installent, où ils sont souvent exploités par des employeurs sans scrupules et subissent les réactions xénophobes de certaines parties de la population de souche, y compris parfois même des représentants de l'autorité publique ». « De la même façon, nous ne pouvons tous qu'avoir conscience des tensions sociales et culturelles qui ont vu le jour dans de nombreux pays où d'importantes populations d'origine étrangère se sont récemment établies, en particulier lorsqu'elles ont des traditions ou des croyances qui diffèrent considérablement de celles auxquelles les résidents de longue date dans le pays sont habitués ». « Les avantages que les migrants apportent au pays dans son ensemble, et au fil du temps, sont souvent éclipsés par des griefs plus immédiats nés des relations de proximité, que ceux-ci soient ou non fondés » a dit le Secrétaire général. « Et la plupart d'entre nous doivent aussi maintenant avoir conscience des effets négatifs ressentis dans certains pays d'origine, en particulier lorsque des travailleurs dotés de compétences dont le pays a cruellement besoin, par exemple dans le secteur de la santé, sont 'siphonnés' par l'étranger où ils bénéficient de meilleures conditions et de meilleurs salaires ». « Pour toutes ces raisons, il semble clair que peu de pays -- pour ne pas dire aucun -- peuvent se permettre de se contenter de jouir des avantages des migrations sans chercher à les gérer », a déclaré Kofi Annan. « Mais il serait tout aussi insensé de chercher à y mettre totalement un terme, puisqu'un tel résultat ne pourrait être atteint que par un déploiement de la force publique d'une ampleur telle qu'il menacerait la liberté et la prospérité de tout pays qui y aurait recours », a-t-il prévenu. « Les États Membres tireront bien entendu leurs propres conclusions des faits qui sont exposés », a souligné le Secrétaire général, qui a lancé la proposition d'établir « une instance permanente, de nature volontaire et consultative, en vue de poursuivre le débat, la mutualisation d'expériences et l'échange d'idées ». Le Secrétaire général a offert les services de l'ONU à cet égard, afin de compléter les travaux du « débat de haut niveau » qui se tiendra sur la question des migrations à l'Assemblée générale, du 14 au 15 septembre prochains. LE RÔLE POSITIF DES MIGRATIONS POUR LE DÉVELOPPEMENT AU CENTRE DU RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL Dans un nouveau rapport sur l'impact des migrations internationales, le Secrétaire général a proposé la création d'un forum permanent qui permettrait aux gouvernements d'explorer et de comparer des politiques qui concernent près de 191 millions de personnes dans le monde, notamment ses aspects positifs pour le développement. «Un tel forum consultatif sur les migrations et le développement, avec à sa tête des représentants des gouvernements, ne fournirait pas de recommandations », souligne le Secrétaire général dans son rapport présenté aujourd'hui à l'Assemblée générale. Cette institution aurait plutôt pour objet de « diffuser de nouvelles politiques et permettre une approche intégrée des migrations et du développement tant au niveau national qu'international », indique un communiqué du département des affaires économiques et sociales de l'ONU (DESA) publié à New York. « Les avantages des migrations ne sont pas toujours bien compris », souligne le Secrétaire général dans son rapport qui considère les migrations internationales comme « un moyen idéal de promouvoir le co-développement, c'est-à-dire l'amélioration des conditions économiques dans les régions d'origine et de destination, qui sont complémentaires ». Ainsi, « les migrants n'occupent pas seulement les emplois considérés comme moins désirables par les résidents des pays hôte, ils stimulent aussi la demande et améliorent les performances économiques, par exemple en alimentant les caisses de retraites des pays dont la population est vieillissante ». Pour leur part, les pays en développement bénéficient de l'envoi de fonds par les migrants, à hauteur de 167 milliards de dollars par an. Le total des fonds envoyés par les migrants dans le monde s'est accru, passant de 102 milliards en 1995 à 232 milliards de dollars en 2005. Certes, la « fuite des cerveaux » constitue un grave problème. Ainsi, entre 33 et 55% des personnes les plus éduquées de l'Angola, du Burundi, du Ghana, du Kenya, de Maurice, du Mozambique, de la Sierra Leone, de l'Ouganda et de la Tanzanie vivent dans des pays de l'OCDE. Ce chiffre dépasse les 60% pour la Guyane, Haïti, Fidji, la Jamaïque et Trinidad et Tobago. Le rapport estime que près de 191 millions de personnes vivent hors de leur pays d'origine -- 155 millions dans des pays en développement, 75 millions dans le monde développé. De fait, les migrations « Sud-Sud » sont à peu près aussi fréquentes que les migrations « Sud-Nord », mais les migrations vers des pays considérés comme bénéficiant d'un « haut revenu » s'est accru plus vite. Ainsi, les Etats-Unis ont accueilli 15 millions de migrants entre 1990 et 2005, l'Allemagne et l'Espagne en accueillant 4 million chacun. Mais parmi les pays « à haut revenu » figurent aussi des pays en développement, dont Bahreïn, Brunei, le Koweït, la République de Corée, l'Arabie saoudite, Singapour et les Emirats arabes unis. « C'est aux gouvernements qu'il incombe de décider si l'accroissement des migrations est souhaitable », indique le Secrétaire général dans son rapport, ajoutant que « la communauté internationale devrait se concentrer sur la qualité et la sécurité de cette expérience ». Parmi les politiques étudiées dans le rapport figure l'idée de visas à entrée multiple, fournissant un accès plus fluide, mais aussi un soutien et des formations au monde des affaires pour les migrants dans le pays d'accueil. Le rapport, qui touche un sujet autrefois qualifié de « trop sensible » pour être abordé par une institution multilatérale, servira de base aux pourparlers préliminaires du Représentant spécial du Secrétaire général pour les migrations, Peter Sutherland, afin de préparer un dialogue de haut niveau qui se tiendra à l'Assemblée générale de l'ONU, du 14 au 15 septembre prochains.
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