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Faire rire. Voilà l'ambition première d'Ibrahim Barwane. Anthropologue, fin connaisseur de l'histoire et de l'âme comorienne, Ibrahim (comme l'appellent ses amis) ne se prend jamais très au sérieux, même quand il aborde l'histoire post-coloniale et si mouvementée de son pays. C'est sous les traits d'un pauvre hère aux habits en lambeaux que l'auteur acteur campe le personnage de Monsieur Comores venu consulter dans le cabinet de Madame la France. Allégorie quelque peu naïve des relations néo-coloniales entre les Comores et l'ancienne puissance coloniale, c'est aussi le modèle des relations que la France entretient toujours avec ses anciennes colonies dont l'auteur se moque. Monsieur Comores symbolise d'ailleurs très bien ce pays qui ne se retrouve pas entre ses traditions et le legs de la colonisation. Il est ainsi vêtu d'une veste de costume à l'occidental, d'une cravate et d'un traditionnel ikoi, dont le tissu est le lesso dont les femmes couvrent leurs épaules ou leurs jambes. La situation initiale fait entrer le spectateur dans un mode de naïveté et de folie. Mais, comme toute bonne bouffonnerie, Pauvres Comores !, en présentant un malade qui cherche un remède chez celui qui lui a transmis la maladie est une pièce pleine de vérité. Qui peut oublier que les séparatistes anjouanais, poussés par les nostalgiques de l'empire français, ont réclamé, il y a encore peu la recolonisation de leur île par la France ? Le personnage principal de la pièce se trouve SDF (Sans Direction Fixe) à cause du comportement et des maladies qui ont atteint ses enfants : l'aîné, Grande-Comore qui a le "je ne sais pas ce que je veux", "une maladie à dormir debout"; Anjouan qui "joue et souffre" du séparatisme, "une maladie difficile à détecter et qui pose un problème sérieux à la médecine moderne"; Mohéli qui est "touché" par "un séparatisme moins virulent"; et Mayotte "rongé par la colonisation", une maladie qui "ne se guérit pas... parce que nous avons du mal à détecter ses causes profondes". Monsieur Comores est donc "décomorianisé" par ses quatre enfants qui "ont annoncé au monde entier" qu'il n'est pas leur père. Ils ont en plus renoncé à la famille unie que représentait la République Fédérale Islamique des Comores pour adopter "la République de la désunion des îles". Chacun des régimes politiques comoriens depuis l'indépendance est passé au crible, du régime du Mwana hatru qui légitimait le vole à la "démocracha" et son vertige du multipartisme (chacun créait son parti), en passant par le siyasa ya ufwakuzi dont les pilules rendaient "beaucoup plus révolutionnaire que la révolution elle-même", avant l'arrivée d'un sirop appelé militaire et qui rend très agressif. Mais Monsieur Comores en veut aussi au gouvernement Balladur qui l'a "balladé" et au PAS (Politique d'Ajustement Structurel) qui l'a mis dans "l'impasse". Au delà du thème et du contenu de l'œuvre, les spectateurs de tous âges, découvrent un acteur qui n'est certes pas à son premier rôle (il a déjà joué notamment dans Msafumu de Damir Ben Ali et dans un one-man-show intitulé Parcours), mais qui incarne bien l'idée que l'auteur (lui-même) veut faire passer auprès des spectateurs. Sous les traits du pauvre comorien dont les enfants sont encore plus fous que lui, le "gentil Ibrahim", ami de tout le monde, devient subversif. A sa manière, et selon une méthode qui lui sied bien : le comorelax. Mahmoud Ibrahim
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