|
Le gouvernement américain confirme que des interrogatoires ont bien été menés par des agents américains en Afrique, tandis que le gouvernement du Premier ministre Meles Zénawi dément abriter des prisons secrètes.
L'enquête de l'Associated Press s'appuie notamment sur des informations fournies par l'organisation américaine Human Right Watch, ainsi que sur des témoignages de prisonniers libérés et de diplomates occidentaux.
Selon l'Associated Press, plusieurs centaines d'individus, parmi lesquels des femmes et des enfants, auraient été transférés secrètement et illégalement du Kenya et de Somalie vers des prisons situées en Ethiopie, où certains d'entre eux auraient été interrogés par des agents de la CIA et du FBI.
Ces transferts se seraient déroulés depuis les derniers mois de 2006 et auraient visé des individus qui fuyaient la Somalie, pendant ou après les incursions éthiopiennes et les raids aériens américains.
Guantanamo
Human Rights Watch décrit le système de détention mis à jour par l'Associated Press comme "un Guantanamo délocalisé".
L'organisation humanitaire accuse aussi les gouvernements kenyan, éthiopien et américain d'avoir violé le droit international.
A Addis Abeba, Bereket Simon, conseiller du Premier ministre Meles Zenawi, dément.
"Il n'y a pas en Ethiopie de prisons secrètes de ce genre", déclare-t-il en effet à l'Associated Press.
A Nairobi, un porte-parole du gouvernement, Alfred Mutua, affirme qu'aucune loi n'a été violée.
Un porte-parole du FBI, Richard Kolko, reconnait que des agents de la police fédérale américaine ont interroge des suspects de terrorisme dans plusieurs pays africains.
Mais il n'identifie pas les pays en question et souligne que l'accès des agents du FBI aux prisonniers a été "limité".
De son côté, la CIA préfère réagir par une déclaration plus générale.
"Pour lutter contre le terrorisme, l'agence américaine de renseignements agit, avec audace et dans le respect de la loi, seule ou avec des partenaires", indique ainsi le porte-parole de la CIA, Paul Gimigliano.
L'embarras de Washington
Des responsables américains s'exprimant sous couvert d'anonymat ajoutent que les individus interrogés sont soupçonnés d'appartenir à Al-Qaida et d'être impliqués dans les attentats terroristes anti-américains de 1998, en Tanzanie et au Kenya.
L'affaire est, en tout cas, un nouvel embarras pour les Etats-Unis.
D'abord, parce que, parmi les suspects détenus en Ethiopie, figure un Américain dont le député s'est plaint auprès de Condoleeza Rice.
Ensuite, parce que le Département d'Etat lui-même reconnait que les conditions de détention dans les prisons éthiopiennes sont "un problème grave".
Dans son dernier rapport en date sur les droits de l'homme dans le monde, le ministère américain des Affaires Etrangères énumère toute une série de violations des droits de l'homme en Ethiopie, en particulier des "informations nombreuses et crédibles" sur l'utilisation de la torture.
|