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Des avocats qui plient les troncs d\'arbres tant qu\'ils rompent. Des bananiers partout, des ananas qui s\'immiscent dans le moindre espace laissé libre par l\'agriculteur. L\'exploitation de Moussilimou Bouhari, sur le flanc de montagne de Tsararano est ainsi. Une sorte de caverne d\'Ali Baba à ciel ouvert. .
Depuis 1996‑1997, date de la prise en main du terrain familial, l\'ancien maire de Ouangani a planté 14.000 pieds de bananiers, 10.000 pieds d\'ananas, plus de 80 pieds de corossols, 200 pieds d\'avocatiers, 100 pieds de mangue nounou. Et les autres arbres fruitiers sont présents comme les orangers, les arbres à clémentine, les litchis... Une quantité de fruits cueillie qui n\'a pas son équivalent sur l\'île.
\"Malheureusement, je n\'arrive pas écouler tous mes stocks. Je produis 600 kilos de papaye solo par semaine, 300 kilos d\'avocats, 500 kilos de bananes. Le marché est trop petit pour tout absorber\", constate amer M. Bouhari. Des chiffres qui étonnent au vu des critiques des grands consommateurs de fruits qu\'incarnent les hypermarchés de la place. \"J\'étais au début avec Espace fraîcheur mahorais. Mais cette structure est idéale pour des petits producteurs. Moi, ils m\'ont dit de partir. Maintenant, nous nous retrouvons en concurrence sur le marché. \"
Obtenir un tel statut n\'a pas été facile. Moussilimou Bouhari a, aujourd\'hui, 43 ans. Il s\'est décidé à se lancer dans l\'agriculture sur le tard. \"J\'avais un travail à 500 euros au lycée. Je souffrais beaucoup. Mais je sortais tout juste du chômage, alors... Alors, il commence à défricher une partie des 22 hectares de la parcelle paternelle. D\'abord le maraîchage, puis très vite les ananas (5.000 pieds). C\'est l\'échec. \"Je jetais des brouettes entières, se rappelle-t-il. La deuxième année, j\'ai opté pour les bananes (2. 000 pieds Les autres cultures sont arrivées par la suite. Je me suis basé sur les habitudes de consommations des métropolitains. Et eux, ils aiment les fruits.\"
Son redressement, l\'agriculteur le doit, aussi, à son idée de créer une société de transformation dès 1998. L\'exploitation et la société prennent pour nom : \"Les vergers de Mayotte\". Les confitures (entre 200 et 500 pots par mois), les pâtes de fruits (surtout la goyave) absorbent une partie des cultures. En 2004, le chiffre d\'affaires des Vergers s\'élève à 37.000 euros d\'après son fondateur. Cela fait peu. « J\'ai réalisé beaucoup d\'investissement que je dois maintenant rembourser Pour l\'usine de transformation je n\'ai reçu aucune subvention sur les 45.000 euros \" insiste l\'homme. Même pour les machines, les pouvoirs publics lui répondent qu\'il peut se servir de celles du lycée agricole.
Des difficultés qui pourraient se surmonter par l\'exportation vers l\'Hexagone des mangues nounou. \"Je peux cueillir 25 à 30 tonnes par an grâce à mes 100 pieds. Si je vends 20 tonnes là-bas, cela serait déjà bien. \" Un projet qui va de pair avec les objectifs de croissance. Une volonté paradoxale vis-à-vis d\'une entreprise qui dégage déjà un trop plein. Pourtant, une seconde exploitation devrait voir le jour sur un autre terrain familial de 6 hectares. Pendant ce temps, les autres souhaits restent lettres mortes, comme la demande de retenue collinaire qui traîne dans les tiroirs d\'une administration quelconque, entre la Daf et la Chambre pro, comme pour tant &autres exploitations.
Pour l\'instant, les arbres fruitiers donnent grâce à l\'eau de pluie. Une situation qui désarme l\'agriculteur lors de la saison sèche. \"Je pourrais tripler ma quantité cultivée si les arbres étaient bien arrosés, comme les litchis par exemple\", estime Moussilimou Bouhari.
Dur problème que de demander à un agriculteur de freiner sa production, parce que la diversifier est difficile, à moins de réessayer le maraîchage. Cela signifie de nouveaux investissements dans les serres et... une distribution d\'eau optimum. Autant dire que le chien continue à se mordre la queue et qu\'il n\'est pas prêt de s\'arrêter si les soutiens annoncés à l\'agriculture ne se concrétisent pas rapidement.
Gérôme Guitteau
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