Les images passent en boucle sur les ondes de la Radio Télévision d'Anjouan (RTA), l'organe de propagande du régime Bacar : des dizaines de femmes, d'enfants et de vieillards –peu d'hommes- manifestent dans le Nyumakele contre un débarquement. Des pancartes anti-Sambi sont soulevées, alors que Brazza, le président du mouvement des sans-papiers qui réclame un retour des Comores dans le giron français, mélange dans un discours endiablé la question de la traversée mortelle vers Maore et celle du président Sambi qui veut les « agresser ». Certainement montées de toute pièce par le régime –Brazza est un partisan de Bacar-, ces images ne représentent pas la volonté de la grande majorité des Anjouanais. « Je ne connais pas un habitant de Mutsamudu, de Mirontsy, de Ouani, de Sima, à part les Bacaristes, qui ne souhaite un débarquement de l'armée nationale », indique un étudiant.
Si la population ne craint pas les conséquences d'un conflit armé, de nombreux responsables et intellectuels ne cachent pas leur malaise. « Cela va être un bain de sang », craint un médecin. « Je préfèrerai que Sambi tente une dernière fois de résoudre la crise par la négociation », dit un enseignant. Rencontré dans la rue au sortir d'une réunion interministérielle « de crise », Caabi el-Yachourtui nous exprimait mardi son malaise : « Encore une fois, c'est la population qui va en payer le prix. Cela va être un carnage. Mais Sambi est tellement imprévisible… » Il disait aussi craindre pour sa vie. « J'ai peur, oui. J'ai peur que l'on n'en finisse avec nous par les armes. Je préfèrerai être arrêté et jugé, mais quels seront les ordres de Sambi ? » Un ami à lui, opposant à Bacar, lui a proposé de fuir vers Maore en cas d'attaque. Il a refusé…
RC
L'intégralité du reportage est dans Kashkazi du 6 février 2008 disponible sur
kashkazi.com