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La nuit a été longue à Ndzuani au terme d'un scrutin délicat tant par le nombre des candidats en course que par les conditions d'organisation qui ont retardé l'ouverture des bureaux de vote et par voie de conséquence, le dépouillement. Ce matin, la Commission nationale des élections aux Comores n'avait toujours pas publié les résultats provisoires. A 3 heures, elle ne possédait que les résultats définitifs de 10 bureaux (sur 221). A 6 heures, rien n'avait évolué. Dans les quartiers généraux des candidats qui ont veillé pour collecter les chiffres provenant de leurs délégués dans les régions, l'ambiance était tendue. Si aucun des trois candidats qui ont mené cette course en tête ne veut croire à l'échec, les chances d'emporter ces primaires ne sont pas égales. Dès dimanche soir, les partisans du théologien Ahmed Abdallah Sambi ont occupé le terrain pour maintenir la pression psychologique. Non sans raison, puisque le candidat a réalisé un raz de marée chez lui à Mutsamudu en raflant presque la moitié des voix de la capitale. Sur 9.617 bulletins dépouillés en début de soirée, il avait récolté 4.271voix contre 2.241 pour son adversaire direct, Caabi El Yachroutu. Le candidat adulé par les jeunes, était également en tête dans la région de Domoni et dans la cuvette, selon les estimations des délégués régionaux de la Ciec. Ce qui lui assurait un écart confortable le plaçant en tête des vainqueurs. Malgré le décompte tardif dans son fief du Nyumakélé, Ibrahim Halidi se trouvait dans la soirée, en deuxième position. Le fils de Hada, soutenu par 5 partis politiques dont celui au pouvoir à l'Union, est littéralement porté par sa région. "C'est un score de référendum " reconnaissaient hier les observateurs. En revanche, l'ancien vice-président Caabi El Yachroutu se trouvait en ballottage, menacé par la montée inattendue de deux outsiders. Mohamed Djaanfari qui a fait le plein dans sa région de Sima et Nourdine Midiladji, en bonne position dans sa région de Domoni. Au regard de ces tendances qui se confirment au fur et à mesure de l'arrivée des résultats, l'ascension fulgurante de Ahmed Abdallah Sambi demeure le fait marquant de ces primaires. L'islamiste qui a fait campagne sur les thèmes de l'égalité et de la justice sociale a réussi à incarner l'espoir de changement de toute une population et le rejet d'une classe politique qui n'a pas tenu ses engagements après plusieurs années aux affaires. Si l'on peut trouver une partie de son discours de démagogique, Sambi est incontestablement le plus populaire de tous les candidats en course pour ses primaires. Les jeunes et très jeunes anjouanais qui descendent spontanément dans les rues pour l'acclamer et qui hier célébraient sa victoire alors même que les résultats n'étaient pas connus, ne sont pas acquis à de quelconques thèses islamistes. "Nous voulons un vrai changement " lançait un de ses partisans, cadre de la fonction publique. Rien à voir avec un " barbu ". Des barbus qui ont d'ailleurs déserté les manifestations en faveur de leur candidat " naturel ". Retrait tactique ? Rien ne permet encore de le dire, mais ce qui est sûr, c'est que la victoire de Sambi est le fait essentiellement du jeune électorat. Et d'un électorat féminin aussi, pas forcément voilé d'ailleurs, comme l'a confirmée la manifestation d'hier dans laquelle se trouvaient des filles vêtues " à l'occidentale ". Alors que le théologien a ratissé des voix sur l'ensemble de l'île, Ibrahim Halidi doit son avance grâce au lectorat de sa région. Le candidat caractérise mieux que quiconque -avec Djaanfari Mohamed toutefois- l'enracinement régional. Certes, il a bénéficié d'une campagne de plusieurs partis politiques qui lui ont apporté des voix dans d'autres villes et régions, mais c'est surtout dans le Nyumakelé qu'il prend la tête dans la quasi-totalité des bureaux de vote. Il fait figure aujourd'hui de " rassembleur " et doit sa chance grâce à la coalition qui soutient sa candidature. Mohamed Djaanfari a puisé de son côté tout le réservoir électoral dans sa région de Sima. De même que Nourdine Midiladji qui est en deuxième position à Domoni et dans la région. En revanche, Caabi El Yachroutu n'a pas bénéficié de ce facteur régional. En deuxième position dans sa propre ville, il est allé chercher difficilement des voix notamment à Ouani où il a eu le soutien des cadres de cette seconde ville de l'île. Son entourage constitué essentiellement de cadres et sa personnalité d'homme lié à l'étranger l'ont desservi et lui ont empêché de développer un discours proche des gens. "Il y a une situation explosive, les Anjouanais sont confrontés à d'énormes problèmes " reconnaissait-il hier dans son quartier général de Mutsamudu, où l'ambiance paraissait plutôt pessimiste, mais pas totalement désespérée.
Kamal'Eddine Saindou
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