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Au nom du refus de l'indépendance, Maore s'est séparée du reste de l'archipel des Comores en 1975. Vingt deux ans plus-tard, Ndzuani revendique son "indépendance" vis à vis des trois autres îles en 1997 et justifie ce séparatisme par ses particularités et un retard de développement par rapport à Ngazidja. Bien avant, Mwali a voulu faire sécession en 1992 au nom de son "sous-développement" qu'elle a attribué à une mauvaise représentation des Mohéliens dans les instances dirigeantes du pays. En réponse, le régime de l'époque a opté pour une réforme constitutionnelle répartissant les principales fonctions de l'Etat par île. La crise anjouanaise a abouti à une nouvelle réforme accordant une autonomie de gestion aux entités insulaires. Finalement, le séparatisme n'épargne aucune île. Maladie politique ou sentiment historique ?
Damir Ben Ali : Ce n'est pas un sentiment historique. Le problème, c'est que la société existe mais pas la notion d'Etat dans le sens de souveraineté. En tant que musulmans, les Comoriens s'inscrivent dans une vision d'espace idéologique en référence à la Umma islamique qui ne connaît pas de frontières. C'est pourquoi ils s'investissent à l'exemple des twarika (confréries) dans d'autres contrées comme à Madagascar, en Tanzanie…etc.
Ismaël Ibouroi : C'est une contagion insulaire qu'il faut vaincre. Cela a d'abord commencé à Mayotte. Je pense que l'éloignement et la difficulté de circuler développent une suspicion, un fantasme. On pense toujours que les choses vont mieux chez l'autre. L'habitant de Nyumakélé ne sait pas qu'il est semblable à celui de la région de Panda à Ngazidja qui connaît les mêmes conditions climatiques et le même niveau de pauvreté. De ce point de vue, l'absence de télévision est une catastrophe. Il faut que les gens se rencontrent et se connaissent pour avoir une estime réciproque. Il y a un background identitaire fort qui a toujours été incompréhensible pour la colonisation, qui ne conçoit pas que des gens éloignés physiquement puissent partager autant de valeurs communes.
Issouf Moussa : Je parle de Mayotte. Prenons l'exemple de Labattoir, nous avons ici 12.000 habitants, quasiment toutes les familles ont des liens de parenté avec Anjouan, comment peut-on imaginer une seconde couper le cordon ombilical avec la terre natale. Il y a une telle interpénétration des populations que le séparatisme en devient ridicule. Au départ ce n'était pas vraiment du séparatisme, c'était une décision des autorités françaises de se maintenir à Mayotte et cela avec l'aval des mouvements pro-français sur place. Cela a commencé avec le déplacement de la capitale vers Moroni, ça a créé un vide économique, je me souviens qu'à l'époque tout ce qu'il y avait comme production se passait à Dzaoudzi avec le port. Le mécontentement était réel à cause des conditions de vie difficile. C'est en 1958, avec la création de l'UDIM (Union pour la défense des intérêts de Mayotte) qu'on a constaté des relents séparatistes à Mayotte. Les notables locaux ont tout fait pour imposer les mots d'ordre du séparatisme mahorais. Le séparatisme s'est affirmé dans les années 60/70, c'était du pain béni pour la France pour parvenir à ses fins. Diviser pour mieux régner. Et pour cela le séparatisme est la stratégie la mieux adaptée à l'insularité. C'est un instrument politique que certains manient pour dominer.
Comment expliquez-vous alors que les politiques puissent en tirer avantage s'il ne s'agit pas d'un sentiment profond ?
Damir Ben Ali : Les politiques n'ont pas réussi à se défaire des liens sociaux. La conception comorienne admet une inégalité légitime qui sont exprimées par les classes d'âge et considérées comme normales voire naturelles. Cette pensée est incompatible avec la notion de citoyens égaux qui composent l'Etat occidental. Une telle réalité sociale a engendré une communautarisation de la fonction politique. L'individu est ce qu'il représente aux yeux de la société. Tant qu'on ne dépasse pas cela, on ne peut s'inscrire dans une vision globale où l'Etat remplit des missions techniques et obéit à d'autres normes.
Ismael Ibouroi : On a inventé l'équilibre des îles pour accéder à des postes au lieu de créer l'équité de développement. La décentralisation est un atout à condition de créer un développement compétitif et complémentaire. La séparation a contaminé les esprits. Or dans les faits il s'agit d'inégalités de développement, de misère, de déséquilibres entre les îles. La question est de savoir s'il faut se diviser ou s'unir pour se développer. Moi, je pense qu'il faut s'unir.
La réponse au séparatisme, qui a consisté à créer des entités autonomes, est-elle judicieuse ?
Damir Ben Ali : Non. Elle n'apporte pas de réponse à cette imprégnation de l'Etat par le social.
Issouf Moussa : Pendant longtemps à Mayotte, les gens ont été réceptifs au slogan qui ne mène à rien, si ce n'est à la recolonisation de Mayotte. Aujourd'hui les gens se plaignent que les wazungu occupent tous les postes, alors que les Mahorais réclament davantage de présence française dans leur île, c'est contradictoire.
Ismael Ibouroi : L'option actuelle (dans l’Union des Comores, ndlr) -d'une union des îles autonomes- n'a rien changé. L'insularisation du développement est une absurdité. Ce n'est pas la décentralisation.
Propos recueillis par KES et ND
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