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Ils sont jeunes -moins de 25 ans pour la plupart-, anjouanais -""à 100%"", disent-ils-, et vivent de la vente de bricoles autour du marché de Mamoudzou. Samedi dernier, une soixantaine de marchands ambulants sans-papiers ont marché ensemble jusqu'à la pointe Mahabou, à Maore, où ils se sont assis sous les arbres pour discuter. ""Tout le monde n'est pas là. En réalité, on est au moins deux fois plus nombreux"", a assuré Mradi Abdou, la vingtaine, leader du groupe. Las des violences que, selon eux, des policiers leur font subir lors des arrestations, les vendeurs à la sauvette veulent demander ""un consensus avec les autorités mahoraises ou françaises"". Ces garçons en tee-shirts et casquettes, venus de Ndzuani pour gagner quelques sous ne contestent pas l'illégalité devant l'administration française de leur présence sur l'île. ""La loi dit de nous renvoyer chez nous"", admet Mradi. ""D'accord, qu'ils renvoient les étrangers chez eux. Mais qu'ils nous traitent comme des étrangers en situation irrégulière, pas comme des gens qui ont commis un crime. Nous nous battons pour ne pas voler."" Tous se plaignent de maltraitances que les policiers leur feraient subir après les arrestations. ""J'ai été frappé partout sur le corps avec une matraque"", affirme ainsi Ali Ahamada. ""Et quand j'ai demandé au policier pourquoi il me frappait, il m'a répondu qu'il avait une matraque. C'est tout."" Les vendeurs ""clandestins"" ont aussi exprimé leur désarroi face aux réactions de rejet qu'ils subissent sur l'île et à la précarité de leur situation. ""C'est juste pour montrer que nous ne savons pas comment faire pour vivre autrement"", expliquaient-ils. ""Il ne faut pas négliger notre présence. Si nous sommes là, ce n'est pas pour le goût du plaisir."" Plus âgé que les autres, un homme confie : ""Certains d'entre nous ont fondé une famille ici. Nous avons peur que si nous envoyons nos enfants aux Comores, leur vie soit compromise. Comment les éduquer là-bas ? Ils ont été habitués à vivre ici, à manger des yaourts…"" ""Les gens disent que nous sommes des impolis parce que quand ils nous chassent, nous revenons"", renchérit un jeune. ""Mais ce n'est pas de l'insolence. Juste une question de survie."" Sans autorisation légale de vendre leurs produits -qui leur sont fournis, affirment-ils, par des commerçants dûment enregistrés- les vendeurs ambulants suscitent l'hostilité des gens du marché. ""Même si ce n'est pas officiel, nous voulons demander au gouvernement de prendre une mesure en faveur de notre situation"", indique Mradi Abdou. ""Si on avait le moyen de payer une sorte de patente, personne parmi nous ne refuserait. Par exemple, les mamans clandestines ne paient pas de patente mais chaque jour elle achètent un ticket pour vendre au marché. On aimerait faire pareil. On va écrire des lettres aux autorités."" Mais Mradi est interrompu par l'arrivée de huit policiers armés de matraques qui entourent ses congénères. Après un moment de panique, les vendeurs décident de rester assis dans l'herbe. S'ensuit un long dialogue entre le meneur des marchands et le chef des policiers. ""On nous avait dit qu'ils s'étaient rassemblés pour aller incendier le marché ou frapper la Police"", indique celui-ci. ""Mais ce n'est pas le cas. Comme ils n'ont pas d'autorisation de la préfecture pour se rassembler en lieu public et qu'ils ont terminé leur réunion, je leur ai quand même demandé de s'en aller."" Les coups et ""tortures"" dont se plaignent les marchands ? ""Je vais transmettre à mon supérieur. Mais je m'occupe des contrôles d'identité et nous ne frappons jamais personne. Il arrive seulement qu'il faille maîtriser la personne si elle se débat. Peut-être qu'ils disent ça pour qu'on les laisse vendre."" Aussi vite qu'ils sont venus, les jeunes marchands traversent la pointe Mahabou en groupe compact. Pour cette fois, ils ont obtenu ce qu'ils demandent : ""Etre traités comme des humains, pas comme des animaux."" Lisa Giachino Conseiller général de la majorité, Chihaboudine Ben youssouffa appelle à la régularisation d'une partie des sans-papiers. “La force de regarder l'autre” Quelques temps après la poussé de fièvre au marché, Chihaboudine Ben Youssouffa, membre de la majorité au Conseil général, replaçait la manifestation contre les vendeurs à la sauvette dans le contexte général de l'immigration clandestine et de la situation des sans-papiers à Maore. Tout en prônant la fermeté, le conseiller a appelé à une prise en compte de la diversité des situations humaines. ""Il faut que tous les textes en matière d'immigration appliqués en France, le soient aussi à Mayotte… La volonté du Conseil général c'est de s'approcher de la France"", affirmait-il ainsi, avant d'ajouter : ""En réalité, il faudrait qu'on ait un peu plus de courage pour traiter le problème de l'immigration dans son ensemble, car il y a toute une frange de cette population qui est née ici, et qui ne peut pas voter, qui est exclue du système de protection sociale…Il ne faut pas oublier qu'il y a des Comoriens qui se sont battus pour Mayotte française. Il y a d'autres enfants qui sont nés à Mayotte mais dont les parents sont en situation irrégulière. Je crois qu'il y a un absence de courage pour dire qui est clandestin et qui ne l'est pas…Il faut se battre pour faire évoluer les mentalités."" Chihaboudine Ben Youssouffa est allé plus loin en remarquant qu'il existe ""un contexte d'extrême droite qui plane à Mayotte. Il faut prôner la cohabitation des peuples"", a-t-il lancé. ""Il faut avoir la force de regarder l'autre, seulement les gens qui n'ont pas d'attache ici, il faut les renvoyer chez eux, ceux qui sont régularisables doivent l'être, ceux qui n'ont pas d'enfants ici doivent rentrer… Il faut un minimum d'ordre chez nous."" Evoquant la coopération régionale, l'élu estime que ""le développement de Mayotte doit aller de pair avec le développement des Comores”, et que ""cette coopération doit se passer entre nous, et non par l'intermédiaire d'émissaires de la France. Qui dit coopération dit partenariat… Il faut créer de l'espoir pour que les gens restent chez eux."" Recueilli par ND
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