|
M\'toro Chamou est un artiste adoré en Grande-Comore, surtout chez les jeunes, mais aussi chez les intellectuels et autres cadres en mal de patriotisme. Et comme un rêve lointain difficilement saisissable, beaucoup de ses fans l\'aimaient dans un silence religieux, sans l\'avoir jamais vu, sans le connaître qu\'à travers ses textes d\'une profondeur intense et sa musique esthétiquement subversive. Ils n\'y croyaient pas trop, à la pub radio, aux affiches et autres banderoles annonçant l\'événement, mais heureusement ils se sont rendus à l\'évidence : il était là, ce soir-‑là, devant eux, magique, courtois, très affable avec sa guitare, et sa voix océane chaloupant au gré des vagues du tempo et des soleils de l\'émotion. Un peu plus de 600 personnes avaient fait le déplacement, pour ce rendez-vous éclair d\'un des rares artistes comoriens très en phase avec le public.
Parce que Chamou, à travers son art, s\'adresse aux cœurs dans leur langue natale. Il sait faire tressaillir la plus sensible des cordes de nos entrailles. Sa musique et ses textes ne peuvent laisser personne indifférent. Le verbe du M\'toro, très expressif, sensiblement engagé, surtout lorsqu\'il évoque les difficultés du quotidien pour les Comoriens, a trouvé un écho positif chez le peuple. Le propos se situe toujours dans cette nuit tremblante de l\'insoumis, qui, insaisissable, court sans relâche avec l\'étendard du refus de l\'ordre imposé comme une fatalité.
Ses textes, surtout lorsqu\'il dénonce, sans prendre des gants, les autorités de l\'archipel, depuis Mayotte jusqu\'en Grande-Comore, depuis le caractère sournois de la politique française dans nos îles jusqu\'aux comportements malveillants des responsables indigènes, ont conquis le reste d\'un public attentif à ce genre de prise de position, bien rare sous nos cocotiers. Son fameux \"Babylone shonga ! Tsi ri songué roho ! \" est resté, comme un reflet qui ne s\'estompe jamais, dans les bouches de beaucoup de jeunes fans.
Du reste, c\'est beaucoup plus parce qu\'ils sont servis par un son original que les lyrics sont percutants. Cette musique aux couleurs arc-en-ciel, richement travaillée comme en orfèvrerie, a fait secouer le plateau de l\'Alliance franco-comorienne, entraînant les spectateurs dans un voyage de possession, avec les djinns de l\'archipel. Le son mgodro remanié à la sauce M\'toro, avec un rythme de \"marumba\" pousse les gens en transe, le temps d\'une chanson. Mais finalement, ce fut avec un frêle sentiment d\'insatisfaction, que le public a accepté que le concert s\'arrête, et avec lui la magie d\'une nuit. Le public en redemandait encore, il est resté sur sa faim.
Chamou, ses musiciens et ses choristes, ont pris un autre rendez-vous avec le public grand-comorien, très prochainement. Les fans les ont laissés partir à contrecœur, parce qu\'ils devaient se produire sous d\'autres cieux, Mayotte, puis la Réunion. L\'artiste, qui n\'arrête pas de parcourir les océans, prépare un album en duo avec Mikidache, qui devrait voir le jour sous nos tropiques, vers le mois de septembre de cette année.
Said‑Ahmed\'Sast
|