|
La vague de manifestation contre la caricature du prophète Mohamed diffusée par un journal danois puis repris en France, touche les Comores. Hier à partir de 16 heures, des centaines de manifestants ont emprunté le macadam pour manifester leur indignation au sujet de ce qu'ils qualifient de blasphème. Ils étaient hommes et femmes, petits et grands à descendre dans la rue pour crier haut et fort leur réprobation. "Nous ne sommes pas d'accord que les occidentaux se moquent de nous. On ne peut pas jouer sur notre prophète parce qu'il est exempt de tout reproche. Il s'agit une fois de plus d'une provocation envers les musulmans", lance en marchant un manifestant de 26 ans, vêtu d'un boubou et d'un turban un peu comme le personnage de la caricature en question. Cette marche qui a fait le tour de la ville de Moroni et de ses environs est issue d'une initiative de la mairie de Tsidjé, sur les hauteurs, de la capitale, et de toute la population du village. "On souhaiterait que ce soit le gouvernement qui organise cette marche. Mais face à leur immobilisme, on ne peut pas se taire. Nous sommes dans la rue et celui qui se sent concerné doit nous suivre", explique Oustadh Ahmada Toyb, arborant une barbe de plusieurs centimètres, juché en haut d'une voiture 4x4 en tête du groupe. Au rythme des chants religieux, au passage dans chaque quartier ou village, les protestataires ont gagné des partisans et sympathisants. Plusieurs personnes qui n'étaient même pas au courant de cette affaire se sont jointes aux manifestants. "Ne me demande pas pourquoi car tu es au courant de ce que les blancs ont encore fait. Il paraît qu'ils ont insulté le messager", rouspète au moment où un spectateur lui demande le pourquoi de la marche, une sexagénaire très excitée par la chaleur et les quelques heures de marche.
Les femmes aussi étaient de la partie
Cette dame fait partie d'une forte présence féminine, remarquable par ses ensembles noirs, genre ninja, importés de la Mecque. Les hommes, armés pour la plupart d'un Coran, ont quant à eux pris la tête du cortège en laissant les femmes derrière. C'est semble-t-il un ancien député de la région de Bambao qui a été le premier à sonner le glas. Dans des déclarations radiodiffusées, Matoir Ahmed a appelé "les Comoriens à se soulever contre cette humiliation". Ces protestations ne suscitent apparemment que l'indifférence des autorités. Contrairement à certains pays arabo-musulmans, aucune déclaration officielle n'a été rendue publique.
Ahmed Abdallah
|