De plus en plus de jeunes Mahorais ont le Bac, se félicite l’administration. Une éducation de masse qui se fait bien souvent au détriment de la qualité de l’enseignement, et passe par une évaluation très généreuse des élèves.
Chaque année, le nombre de bacheliers mahorais augmente : 933 en 2006, contre 902 en 2005, 805 en 2004, 709 en 2003, et ainsi de suite -ils étaient 34 en 1988. De même, chaque année depuis 2002, le taux de réussite dans les filières générales (L, S, ES) s'améliore. Il était l'année dernière de 63,7% des candidats, contre 57,9% en 2005, 55,4% en 2004, 50,7% en 2003 et seulement 44% en 2002 1. Les résultats sont toutefois moins tangibles dans les filières techniques et professionnelles, où le pourcentage d'admis est très fluctuant selon les années 2. Si ces chiffres restent très en-deça de la moyenne nationale (France métropolitaine et départements d'outre-mer), qui était en 2006 de 86,5% de réussite au Bac général, ils dénotent, affirme régulièrement l'administration de l'Education nationale, une progression dans le niveau d'étude des enfants mahorais. Ainsi, chaque début d'année est l'occasion pour le vice-rectorat de se féliciter de cette amélioration. La mission d'éducation de masse que s'est assignée l'administration dans un contexte très difficile -croissance démographique importante, immigration constante, gestion des flux délicate- recèle toutefois des effets pervers. Le constat n'est ainsi pas aussi positif que ne le laissent croire les chiffres. Il suffit pour cela de s'intéresser à ce qu'il se passe après le Bac… Une étude réalisée en 2004 sur les élèves et étudiants mahorais scolarisés hors de leur île 3 dressait un constat affligeant. Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), "le suivi d'une cohorte de 497 élèves présents en 1ère année de DEUG en 2001 laisse penser que le taux d'échec serait très important. En tous cas, en 2003, seuls 8% continuent leurs études avec leur diplôme en poche. La moitié sont toujours en DEUG et presque un quart a abandonné à la fin de la 1ère année" 3. Toujours selon cette étude, "un peu moins de quarante élèves sont inscrits dans des formations type Bac + 5 et plus en 2003. La moitié suit un cursus universitaire de 3ème cycle en DEA ou DESS. Sept élèves sont également inscrits en école d'ingénieur, quatre en Doctorat et un prépare une agrégation en arabe". Pourtant à l'époque, l'Insee dénombrait 1.700 étudiants du supérieur bénéficiant de la bourse de la collectivité, dont 46% sont en DEUG. Les élèves à opter pour des voies dites "élitistes" (études de médecine, d'ingéniorat…) sont des exceptions. Cet échec de la grande majorité des étudiants mahorais, et le manque d'ambition quant aux voies suivies, résulte selon le discours officiel largement répandu de causes plus ou moins diverses: difficultés financières, difficultés d'intégration une fois arrivé en France -ou à la Réunion-, manque de maturité, repli communautaire, etc… La question du niveau des élèves mahorais est rarement mise en avant. Pourtant, dans le corps enseignant, il est un fait dont personne ou presque ne se cache : les élèves mahorais inscrits dans le secondaire (collège et lycée) sont généralement surnotés.