Peu avant 7 heures, "
elles se sont postées devant le portail de l'école et ont crié qu'elles ne voulaient pas d'Anjouanais", raconte un policier municipal. "
C'est un petit groupe de personnes qui estiment que les Anjouanais ne doivent plus vivre dans le village. Cela faisait quelques jours qu'ils s'agitaient, mais ils ne sont passés à l'acte que ce matin", affirmait lundi après-midi Adamou Mohamadi, secrétaire général de la mairie de Ouangani, commune du centre de l'île.
Après l'intervention de la gendarmerie, les manifestantes ont finalement abdiqué. "
Ils leur ont dit que ce n'est pas légal d'empêcher des enfants inscrits de rentrer dans leur école, et que si elles voulaient lutter contre l'immigration clandestine, elles devaient le faire dans la légalité", affirme un policier municipal. Après quoi certains enfants ont pu entrer dans l'école, mais d'autres étaient déjà repartis avec leur maman. "
C'est regrettable", affirme-t-on à la mairie. "
Nous ne cautionnons pas ce type d'actions". Une réunion avec l'association des parents d'élèves a été organisée dans la soirée, afin de calmer les esprits. Mardi matin, tout était rentré dans l'ordre.
D'autres mouvements d'humeur de la part de ce groupe ne sont cependant pas à exclure. D'ores et déjà, certains habitants de Ouangani réclament la liste des Mahorais hébergeant des Anjouanais établie par la mairie pour un usage strictement confidentiel. "
Il est hors de question de la leur donner", précise M. Mohamadi. "
Cette liste a été établie par nos services pour connaître la situation exacte du village et notifier à ces personnes qu'elles sont dans l'illégalité. Elle n'est pas là pour engager une chasse aux sorcières". Des habitants du village craignent que "
certains ne se fassent justice eux-mêmes"…
Ces événements sont directement liés au meurtre d'Ibrahim, adolescent de 13 ans tué d'un coup de couteau par un camarade d'origine anjouanaise –actuellement emprisonné à Majicavo en attente de son jugement-, le 21 décembre dernier. Cet accident avait provoqué la fuite de tous les Anjouanais du village, qui craignaient des représailles. A juste titre d'ailleurs, puisque dans les jours qui suivirent la mort d'Ibrahim, onze cases d'Anjouanais furent incendiées. Depuis, les habitants d'origine anjouanaise de ce village retrouvaient petit à petit leur foyer et leur travail –la plupart travaillent dans les champs ou la maçonnerie. "
Tous ne sont pas revenus, mais la grande majorité oui", indique un policier municipal. "
Nous n'avions noté jusqu'à présent aucun heurt", rapporte pour sa part Adamou Mohamadi. "
Les habitants du village sont partagés", affirme l'un d'eux. "
La moitié souhaite leur retour car ils sont indispensables à la vie du village. D'autres veulent leur départ parce qu'ils estiment qu'ils représentent un danger."
VM