Depuis plusieurs jours, quatre des sept stations de Mayotte sont fermées, provoquant des files d'attente de plusieurs centaines de mètres aux abords des deux stations de Mamoudzou (
voir l'article
Mayotte : l'essence au compte-goutte),
Dans un communiqué, la préfecture informe qu'à compter du mercredi 20 février, la station de Majicavo est réservée à l'approvisionnement des particuliers, qui ne peuvent acheter plus de 30 euros de carburant, tandis que celle de Kaweni n'accueille que les véhicules prioritaires (véhicules de secours, de transports collectifs, de denrées périssables, taxis). Mardi 19 février, cette station a été prise d'assaut par des centaines d'automobilistes, qui ont patienté plusieurs heures avant de pouvoir alimenter leur voiture –ce qui a provoqué des bouchons dans toute la zone industrielle de Kaweni. Jusqu'à présent préservée de cette hystérie générale, la station de Petite Terre est toujours ouverte aux particuliers, sauf entre 12 h et 14 h, où seuls les véhicules prioritaires sont acceptés. A noter que le ravitaillement des pompes s'est poursuivi dans la nuit de mardi à mercredi, avec le concours de la STM qui a affrété une barge spécialement pour l'occasion (les cuves de Total se trouvent en Petite Terre).
L'intervention de la préfecture a fait suite à de nombreuses plaintes. Dans la journée de mardi, le Medef (Mouvement des entrepreneurs de France) et la FMBTP (Fédération mahoraise du bâtiment et des travaux publics) ont envoyé deux courriers au préfet. Dans sa lettre, la FMBTP déplore "
l'impossibilité pour nos véhicules et nos engins de s'approvisionner alors que Total peut se faire livrer la nuit pour assurer sa mission de service public". "
Si cette situation perdure (…) notre fédération sera dans l'impossibilité de poursuivre les travaux dont nous avons la charge" poursuit le document. Déjà mardi, plusieurs artisans ont renvoyé leurs employés chez eux, étant incapables d'assurer le moindre déplacement, assure la fédération.
Lors d'une conférence de presse sur un autre sujet mercredi 20 février, le président du Conseil général, Saïd Omar Oili, s'est ému de cette situation. "
Quand les Hydrocarbures étaient gérés par la collectivité [jusqu'en 2004, ndlr], ça marchait à merveille", a-t-il asséné. "
Aujourd'hui, alors que Total a le monopole sur l'île et alors que cette société est exonérée de la patente pendant dix ans, rien ne va plus ! C'est honteux de voir ça !" Il s'en est également pris aux médias qu'il a jugés trop tendres avec la multinationale. "
Si ça avait été la collectivité, tout le monde nous aurait tiré dessus."
VM