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"Que de chemin parcouru" était le maître-mot lors de l'ouverture de ce colloque –le premier du genre- organisé par la section locale de la Fédération des artisans taxis de Baco Madi. "Que de chemin à parcourir" était celui de la clôture de ce même colloque, jeudi midi. Le secteur du transport collectif s'est considérablement développé ces trente dernières années –on compte aujourd'hui plus de 600 taxis sur l'île. "A la fin des années 60, nos compatriotes étaient transportés sur des banquettes –les fameuses 504 bachées. Depuis, ces transporteurs n'ont cessé de se moderniser et d'investir pour la sécurité des passagers, représentant un pan important de l'économie locale", a déclaré Mohamed Houlame, président de la Chambre des métiers et de l'artisanat (CMA) lors de l'ouverture de ce colloque. Cependant, "il y a encore beaucoup de problèmes à résoudre : les difficultés pour trouver et conserver des chauffeurs formés ; la capacité d'investissement pour des véhicules répondant aux normes européennes ; les difficultés pour trouver des subventions et des prêts bancaires…" Rappelant qu'entre le minibus coûtant 60.000 francs et les nouveaux modèles à 80.000 euros, il y avait un fossé énorme, il a regretté le peu d'aides publiques. En effet, malgré leur mission de service public –il n'existe pas de transport collectif public à Mayotte, excepté la barge qui relie la Petite à la Grande Terre-, les taxis ne touchent aucune aide. "Ce n'est pas normal et nous devons remédier à ce défaut", s'est indigné Alain Estival, président de la Fédération nationale des artisans taxis venu pour ce colloque. Pourtant, "la question du transport collectif à Mayotte est au cœur du développement", a affirmé le député de Mayotte, Abdoulatifu Aly. Même s'il a regretté "le mauvais état des routes", la hausse du carburant et les difficultés de trouver les garanties nécessaires pour fonder sa société, comme l'impose la législation nationale entrée en vigueur le 1er janvier 2008 à Mayotte, le député a également pointé du doigt les taxis eux-mêmes. "La réalité, c'est qu'aujourd'hui, le transport collectif est un droit en France, mais pas à Mayotte. Aujourd'hui, un habitant de Mbouini [à l'extrême sud] qui veut venir à Mamoudzou en taxi doit se lever à l'aube et il ne sait pas à quelle heure il rentrera. Un habitant de Kaweni ne peut plus se faire déposer devant chez lui. Ce n'est pas normal ! Nous devons accepter de balayer devant notre porte." Une critique maintes fois entendue durant ces deux jours, les usagers s'étant invités à ce colloque. Parmi eux, notons ce témoignage d'un habitant de Mzouazia, au sud : "Je travaille à Mamoudzou et ma femme aussi. A raison de 12 euros par jour (6 euro l'aller et le retour) multiplié par deux, cela nous revient à 450 euros par mois !" Trop cher pour les plus petits revenus, de fait "écartés de la vie économique mahoraise concentrée à Mamoudzou", explique un agent administratif. Conscients de leur rôle essentiel dans une île où une grande partie de la population ne possède pas de voiture, les taxis sont prêts à se "moderniser" et se "former" pour "répondre aux attentes de nos clients", affirme Baco Madi, mais aussi "pour éviter qu'un gros groupe viennent un jour transporter les gens à notre place"."Nous nous battrons pour cela" a-t-il ajouté. Mais entre la défense de leurs maigres marges –selon eux- et celle du portefeuille des usagers, "il faudra trouver une solution qui passe par des aides publiques", pense Baco Madi. Entre autres projets à l'étude : la mise en place d'un coopérative. VM |