Un avion militaire français transportant le président déchu d'Anjouan, le colonel Mohamed Bacar, a décollé jeudi soir de l'île de Mayotte pour celle de la Réunion, où il devrait être remis à la justice.
Sur le tarmac de l'aéroport de Dzoudzi, le Transall qui emmènera l'ex-président Bacar vers la Réunion (photo Kashkazi).
L'ex-président d'Anjouan, le colonel Mohamed Bacar, sera "remis" à la justice "dès son arrivée sur le territoire de la Réunion", notamment pour "détention d'armes", a déclaré jeudi à Saint-Denis-de-la-Réunion le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo. "Le colonel Mohamed Bacar sera remis entre les mains de la justice dès son arrivée sur le territoire de la Réunion", a indiqué à l'AFP M. Jégo. Une information judiciaire sera ouverte et un juge d'instruction désigné, a-t-il ajouté. L'ex-homme fort d'Anjouan devrait notamment être poursuivi "pour non-respect de la législation française, dont l'entrée clandestine à Mayotte, la détention d'armes", a expliqué M. Jégo, pour qui "il appartiendra à la justice de décider de son sort". Le secrétaire d'Etat à l'Outremer doit se rendre à Mayotte ces 28 et 29 mars.
(avec AFP)
Mohamed Bacar a décollé de Mayotte hier vers 19 heures en compagnie de ses 22 compagnons de fuite, en direction de la Réunion, à bord d'un Transall de l'armée française. Il sera "remis à la justice" dès son arrivée dans l'île de la Réunion, notamment pour "détention d'armes", avait affirmé à Saint-Denis-de-la-Réunion le secrétaire d'Etat français à l'Outre-mer Yves Jégo, quelques heures plus tôt (lire ci-contre). Ce départ marque la fin d'un passage éclair de 24 heures des 23 fuyards anjouanais à Mayotte, mais peut-être pas celle des manifestations de colère (lire par ailleurs).
La fuite de Mohamed Bacar débute mercredi 26 mars, en fin de matinée. Assiégé dans sa résidence de Barakani par les forces de la coalition AND/UA, le président déchu s'enfuit avec 22 de ses hommes, parmi lesquels sont frère Abdou et de nombreux militaires. Le groupe rejoint le village d'Ajao, situé sur la côte nord-est de l'île, où il prend une vedette dont on ne connaît pour l'heure l'origine.
Vers 18 heures, l'embarcation accoste sur la plage de Mzouazia, village du sud de Mayotte où vit le frère de Mohamed Bacar, Daniel Bacar. Ce dernier héberge le groupe mais l'information est éventée. Rapidement, des Anjouanais assiègent la maison. Vers 21 heures, le directeur de cabinet de la préfecture, M. Faure, et le lieutenant-colonel de gendarmerie, M. Martinez, se rendent sur place, où se trouvent deux pelotons de gendarmerie. "Les hommes de Bacar ont rendu leurs armes sans résistance et M. Bacar a demandé l'asile", rapporte le préfet de Mayotte.
En début de matinée jeudi 27 mars, c'est par la mer, à bord d'une vedette de la gendarmerie, que les fuyards sont acheminés jusqu'à l'aéroport de Pamandzi, en Petite Terre, où ils arrivent vers 7 h 30. L'aéroport, un temps assiégé par quelques 150 manifestants, est alors totalement bouclé. Les vols commerciaux d'Air Austral et Comores Aviation sont annulés. Pendant plus de douze heures, les 23 demandeurs d'asile patientent dans un hangar de l'armée, situé dans l'enceinte de l'aéroport.
A 15 heures, la préfecture rend publique la décision de Paris concernant la demande d'asile de M. Bacar et ses proches : "Elle sera étudiée, mais pour des raisons de sécurité, et pour M. Bacar, et pour les Mahorais, ils sont envoyés à la Réunion", indique le préfet M. Bouvier. "Il a demandé l'asile politique. Le droit d'asile est un droit constitutionnel. Or nous sommes dans un Etat de droit. Nous devons étudier sa demande comme nous l'ordonne la Constitution", dit M. Bouvier. Qui ajoute : 'Le gouvernement souhaite étudier sa demande le plus rapidement possible. Nous ne pouvions pas nous dispenser de cet examen. Pour cela, il fallait le faire dans des conditions sereines", donc loin de Mayotte, selon M. Bouvier.
Réclamé par les autorités comoriennes, qui ont demandé jeudi aux autorités françaises de leur remettre le dictateur déchu (lire par ailleurs), M. Bacar est parti à 19 heures vers la Réunion à bord d'un des deux Transall de l'armée arrivés à 17 h 30, en compagnie de ses proches.