|
Air Mauritius ne tolère plus les passagers retardataires. Depuis le 15 mars, elle exige que les voyageurs soient présents à l’aéroport trois heures avant le départ au lieu de deux. Une exigence qui fait grincer les dents parmi le public. Mais le transporteur national demeure ferme : les retardataires devront attendre le prochain vol. Prendre l’avion, c’est quand même un peu plus compliqué que sauter dans un taxi. Arrivé à l’aérogare, il faut d’abord faire passer ses bagages aux rayons X. Ensuite, il faut faire enregistrer les bagages destinés à la soute et se procurer sa carte d’embarquement. Le comptoir du service national d’immigration est la prochaine escale, histoire de permettre aux autorités policières de vérifier que le voyageur est en règle. Juste après, il faut encore passer son bagage à main aux rayons X avant de passer soi-même sous les détecteurs. Ces formalités pré-embarquement ont été étoffées conformément aux nouvelles normes de sécurité gouvernant le transport aérien depuis le 11 septembre 2001, quand des avions de ligne ont été utilisés comme bombe par les terroristes. Elles prennent du temps. On peut imaginer l’ambiance à l’aéroport quand plusieurs vols sont programmés à de courts intervalles et que tous les passagers attendent la dernière minute pour se montrer plus ou moins au même moment pour les formalités d’embarquement. Le personnel est sous pression. Le voyageur est irrité et, très souvent, l’avion décolle avec du retard, avec des conséquences à l’autre bout de la chaîne. Niveau de bruit à respecter Il n’y a pas que le voyageur mauricien. Les agences de transfert contribuent tout autant aux goulots d’étranglement. Souvent, plusieurs d’entre elles amènent leurs clients à l’aérogare en même temps. A moins de pouvoir gagner du temps en route, l’avion arrive en retard, entraînant une réaction en chaîne déplaisante. Donald Payen, directeur d’Air Mauritius pour l’Europe et ancien directeur des opérations à Plaisance, explique : « Les voyageurs qui sont en transit risquent de rater leur connexion. Les aéroports, en particulier ceux d’Europe, pratiquent une politique de contrôle par rapport au niveau de bruit autorisé à un moment donné du jour ou de la nuit. Un avion arrivant en retard risque de devoir braver les consignes et s’exposer ainsi à des amendes. » L’avion peut arriver à destination en plein « couvre-feu », terme qui désigne une période quand les aéroports sont au repos. A Londres, par exemple, le couvre-feu dure de minuit à cinq–six heures du matin. De fait, la préparation de l’avion pour le retour vers Maurice est compromise, au risque d’entraîner des frais financiers pour le transporteur qui doit prendre en charge ses passagers et son équipage. Pour toutes ces raisons, Air Mauritius se met à niveau avec les autres grandes lignes aériennes et exige de ses passagers qu’ils arrivent à l’aéroport trois heures avant l’heure programmée du décollage. Air France, par exemple, impose l’exigence des 3 heures depuis longtemps déjà, y compris pour le quota de sièges réservés à son partenaire Air Mauritius. Ailleurs, Singapore Airlines impose deux heures et demie à sa clientèle. Cette exigence de discipline est jugée d’autant plus nécessaire que l’aéroport de Plaisance n’opère pas de manière optimale en raison des travaux d’extension prévus. Ainsi, une des quatre portes d’embarquement a été supprimée pour agrandir le hall d’arrivée. Résultat, le flot des visiteurs y est relativement plus fluide qu’au départ. De même, il est prévu d’installer d’autres facilités pour l’examen des bagages. Répondant aux normes européennes, celles-ci permettront de gagner du temps. Mais le projet a pris du retard. Les justifications d’Air Mauritius tiennent. Il n’en demeure pas moins que le public voyageur est très mécontent à l’idée de « gaspiller » trois heures à l’aéroport. On fait remarquer que cela ajoute à la fatigue du voyage, l’Europe étant déjà à près de 13 heures de vol. On attire l’attention sur le seuil de tolérance relativement moins élevé des personnes âgées et des enfants… Image de marque à preserver Mais rien n’y fait. « Bien sûr les passagers indisciplinés ne sont pas les seuls responsables des retards de vol. Souvent, nous le sommes aussi. Mais nous voulons maîtriser ce problème et nous commençons là où il est possible d’agir immédiatement », explique Donald Payen. « Nous ne pouvons plus accepter des irrégularités dans les heures de départ. Il y va de l’image de marque de Maurice. Air Mauritius a dépassé la barre du million de passagers transportés et le nombre de touristes visitant le pays ne cesse de croître. Il y a urgence d’instaurer un plus de discipline », ajoute Joël Toussaint, responsable de la communication à Air Mauritius. Il ajoute que les réceptifs et les hôteliers ont bien accueilli la décision et ont accepté de jouer le jeu. Dans ce milieu, on insiste sur la nécessité de plus de fluidité dans le mouvement des voyageurs à l’aéroport. On se dit en faveur de toute initiative qui permettrait de réduire le temps passé par le touriste à l’aérogare. Cependant, il n’est pas question de lui faire perdre son temps. « Il faut une structure bien rodée pour éviter que les voyageurs attendent inutilement à l’aéroport. Nous n’avons pas eu de soucis avec nos clients jusqu’ici. Ils se réveillent plus tôt », déclare Jacques Sylvan, directeur adjoint du Royal Palm. Shyama SOONDUR |