Le GIGN (Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale) est sur place depuis
une quinzaine de jours. Mais la montée du cours de l'or complique le combat de
la France.
Alain est infirmier depuis six ans à Camopi, village isolé au
sud-est de la Guyane à la frontière du Brésil.
“Depuis 2
ans, les opérations de destruction des sites aurifères illicites ont
augmenté”, reconnait-il en attendant l'arrivée du président de la République
dans cette commune amérindienne isolée à la frontière du Brésil
“mais
l'orpaillage clandestin se poursuit. A 20 minutes de pirogue, rive
brésilienne, il y a un village où transitent des tracteurs, des moteurs, des
quads, du carburant, tout le matériel d'orpaillage en partance pour la Guyane.
Les policiers brésiliens sont plutôt passifs”, regrette-t-il.
“Il
n'y a pas de réelle volonté des Brésiliens de lutter contre cet orpaillage
illégal. Ce n'est pas chez eux et la seule des frontières où ils n'ont pas
d'emmerdes, c'est celle de 700 km avec la France”, nous confie un haut-gradé
de l'armée pendant le discours du président de la République.
Ce mardi en
rencontrant Lula à Saint-Georges-de-l'Oyapock, Nicolas Sarkozy devrait poser le
problème. Le 30 novembre dernier, un avion brésilien s'est posé à Camopi pour
une opération conjointe avec la France. Les policiers fédéraux brésiliens ont
détruit des constructions illégales juste en face de Camopi, à Villa Brasil, sur
la rive brésilienne, encore un village où beaucoup se sont enrichis du commerce
lié à l'or illicite.
A Camopi, la rivière du même nom
dévoile une couleur caramel, plus loin il y a la Sikini et son marron boueux ou
encore l'Alikéné de couleur beige. Toutes ces couleurs attestent d'activités
aurifères en amont. Nombre de rivières guyanaises ne sont plus que particules en
suspension.
“ Les poissons y meurent”, a reconnu Nicolas Sarkozy
avant d'ajouter devant les habitants de Camopi
“l'Etat n'a pas toujours été
irréprochable à votre égard ”. En Guyane, en décembre, un sondage a révélé
que 75% des interrogés considéraient que la lutte de l'Etat contre l'orpaillage
clandestin n'était pas satisfaisante.
“Il ne
suffit pas de courir après les hommes dans la forêt”“Les
orpailleurs sont très organisés, ils creusent des layons (sentiers) dans la
forêt pour éviter le barrage des gendarmes sur la Sikini, puis des pirogues les
attendent plus loin”, indique René Monerville, piroguier amérindien de
Camopi. Aux grands maux les grands remèdes.
“A partir de la semaine
prochaine, la République va engager 1 000 hommes en Guyane dans une opération
qui utilisera des matériels faisant appel à des technologies jamais utilisées
sur le territoire français. Elle durera aussi longtemps qu'il le faudra”, a
annoncé Nicolas Sarkozy.
“Plus de 500 renforts en hommes”, selon
un proche du président. Une petite dizaine de policiers du GIGN sont présents
pour l'action et la formation depuis deux semaines. Selon le général Carpentier,
commandant des forces armées
“nous devons bénéficier du renfort de deux
compagnies soit entre 300 et 400 hommes”. Un Airbus de l'armée est arrivé
avec les premiers renforts vendredi 8 février. Deux autres avions sont attendus
le 14 et le 16. Les forces de l'ordre bénéficieront pour l'opération d'un
Transall et de deux hélicoptères Puma de plus. L'hélicoptère EC145 de la
gendarmerie promis par le ministre de l'Intérieur Sarkozy pour Noël 2003 est
arrivé fin novembre 2007.
“Cette mobilisation de 1000 hommes est pour
une durée indéterminée. On attend de voir avant de juger de son efficacité”,
a commenté la députée divers-gauche, Chantal Berthelot. Christiane Taubira, l'autre députée Guyane se dit perplexe :
“Ce président n'arrive pas à comprendre que ces activités clandestines ont
des raisons d'abord économiques et sociales. Ces garimpeiros viennent des Etats
pauvres du Brésil. Ils ont aussi envahi le Surinam, le Guyana et le sud du
Venezuela. Il ne suffit pas de courir après les hommes dans la forêt
amazonienne. Surtout qu'en l'annonçant si pompeusement une semaine avant, on
leur permet de se camoufler. On ne pourra pas régler ce problème sans véritable
coopération entre la France et le Brésil. Car la hausse du cours de l'or réduit
le risque pour l'orpailleu”.
“De grosses opérations en
forêt repoussent des illégaux vers le littoral et cela risque d'y augmenter la
délinquance. C'est une donnée à prendre en compte”, analyse Georges Patient,
le maire de Mana (ouest guyanais).
“Nous devons nous attaquer aux
commanditaires”, a aussi indiqué Nicolas Sarkozy. Un GIR (Groupe
d'intervention régional) a été créé en Guyane en octobre 2006 pour remonter les
filières de financement de l'orpaillage illicite :
“Cela
fait un an qu'on nous annonce des mises en examen”, glose Christiane
Taubira.
“Dans les 6 mois à venir, il y a des notables guyanais qui vivent de
la logistique de l'orpaillage illicite qui pourraient tomber”, assure une
source proche du dossier. Fin 2006, selon un document de l'ONF (Office national
des forêts) non rendu public, 5 122,8 hectares avaient déjà été exploités
illégalement en Guyane.
Frédéric Farine
L'ICRA propose un dossier sur les Amérindiens de Guyane : http://www.icrainternational.org/urgence/346