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En France, volée de bois vert contre le projet d'Estrosi |
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Les réactions n'ont pas tardé vendredi, après la déclaration de Christian Estrosi concernant la possible suspension du droit du sol à Mayotte. Dans un communiqué publié le 22 février, SOS Racisme demande au gouvernement de "renoncer" à une possible réforme du droit du sol à Mayotte. Dans son communiqué, "SOS Racisme tient à marquer son indignation" à la suite de cette proposition. "Déjà évoquée en septembre 2005 par François Baroin", rappelle l'association, "cette mesure, qui était alors présentée officiellement pour lutter contre les fausses déclarations de paternité, va plus loin puisqu’elle consiste à supprimer tout simplement le droit du sol pour les enfants dont les parents sont en situation irrégulière. Cette mesure est intolérable à plusieurs titres", dénonce-t-elle. "En quoi le fait que leurs enfants ne puissent plus être Français dissuaderait des hommes et des femmes à venir se réfugier sur l’île en raison des troubles politiques et de la situation économique dégradée des territoires environnants ?", s'interroge encore l'association. "Cette mesure", poursuit SOS Racisme, "revient ni plus ni moins à suspendre la légalité républicaine en direction de Mayotte. C'est en soi scandaleux mais ça l'est d'autant plus que nous considérons qu'il s'agit là d'un ballon d'essai pour, en d'autres temps et en d'autres lieux, continuer à grignoter, dans une vision populiste et anti-immigrée, le droit du sol".
Pour sa part, le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) parle d'une "nationalité à la découpe" comme d'une "remise en cause du principe fondamental du droit du sol" et "la première étape d'une démolition programmée" du Code civil. "Il n'est point de mesure tolérable - expérimentale ou non - qui aboutisse à priver des enfants nés sur une parcelle de la France du droit commun relatif à l'acquisition de la nationalité française", écrit le Mrap dans un communiqué.
Côté politiques, le président du Modem François Bayrou a réaffirmé vendredi qu'il fallait trouver "une autre règle" concernant l'attribution de la nationalité française aux enfants nés à Mayotte et en Guyane, affectés par une forte immigration clandestine. Pendant la campagne présidentielle, le leader centriste s'était déclaré "favorable à ce que la nationalité française ne soit plus automatique, dès l'instant qu'en Guyane ou à Mayotte, on est venu seulement pour accoucher sur le territoire national". Une manière d'appuyer le secrétaire d'Etat à l'Outremer.
A gauche, la déclaration d'Estrosi a été qualifiée par René Dosières (apparenté PS), qui connaît bien la problématique mahoraise puisqu'il faisait partie de la mission d'enquête des députés sur l'immigration clandestine en 2005, d'"inefficace, irresponsable et dangereuse".
"Qui nous dit que ce projet -expérimental et limité à Mayotte- ne sera pas, demain, étendu à d'autres territoires français, voire à la France métropolitaine?", s'interroge pour sa part la sénatrice de Seine-Saint-Denis Eliane Assassi, du Parti communiste français. La sénatrice verte Alima Boumediene-Thiery a elle dénoncé des "propos intolérables".
VM (avec AFP et Reuter)
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Ahmed Attoumani Douchina, ancien secrétaire départemental de l'UMP, conseiller général et maire de Kani-Kely : "Si sur le plan humain, cette décision est discutable, sur le plan politique, elle est nécessaire. Mayotte est un petit territoire. Si on laisse tout le monde espérer qu'en venant ici et en faisant des enfants, ils pourront obtenir des papiers, on court à notre perte. Cette mesure peut freiner l'immigration clandestine car on sait qu'en ayant un enfant né à Mayotte, on n'est plus expulsable. Mais ceci doit s'accompagner d'une coopération plus forte encore avec les Comores." Mhamadi Abdou, conseiller général de Bandraboua et secrétaire départemental du Mouvement départementaliste mahorais (MDM) –un parti divisé par plusieurs tendances, dont celle du député Abdoulatifou Aly qui ne se reconnaît pas dans celle de Mhamadi Abdou : "C'est un garde-fou comparable à celui mis en place en Nouvelle-Calédonie au niveau électoral, en prévision du référendum sur l'indépendance, qui interdit aux nouveaux arrivants de voter. Je suis donc à 100% avec ce projet. Nos parents ont choisi la France. Ils se sont battus pour cela. Aujourd'hui, les gens les plus virulents contre Mayotte française sont les Franco-comoriens qui vivent en France. S'ils avaient les moyens, ils renverraient Mayotte dans le giron comorien. Si on laisse faire l'immigration, dans quelques années à Mayotte, il y aura plus d'étrangers que de Français. Et ce seront eux qui décideront de l'avenir statutaire de l'île. Dans un système démocratique, c'est la majorité qui décide. Et les clandestins seront majoritaires si on continue. Je pense que cette mesure aura des effets sur l'immigration clandestine, car l'un des facteurs qui poussent les Comoriens à venir est qu'ils savent qu'en faisant un enfant ici, ils pourront régulariser leur situation." Hamada Ali Hadhuri, maire de Bouéni et candidat aux dernières législatives sous les couleurs du Parti socialiste : "Cela ne règlera en rien les flux migratoire. Ce n'est pas le droit du sol qui fait venir les immigrés. On raconte des histoires ! Si les gens viennent, c'est pour l'école, la santé, un travail… Les papiers passent après. D'ailleurs, quelqu'un qui bénéficie du droit du sol, c'est qu'il est là depuis des années. Cette mesure vise à tromper les Mahorais. Je trouve ça choquant ! Il s'agit en outre d'une discrimination intolérable et injuste au moment où les Mahorais aspirent à entrer dans le droit commun. Comment comprendre que ce qui est bon pour les autres Français est mauvais pour nous ? Comment expliquer à un enfant que parce qu'il naît à Mayotte, il n'a pas les mêmes droits qu'un enfant qui naît ailleurs dans la République ? C'est toujours pareil à Mayotte : quand un règlement est bon on ne l'applique pas et on fait des exceptions." Saïd Omar Oili, président du Conseil général et leader du parti Néma (tendance autonomiste) : "Je suis contre la remise en cause du droit du sol. Je ne vois pas pourquoi on remet sur le devant de la scène ce débat qui divise la France et qui avait déjà été soulevé en 2005. Mais ce qui m'interpelle le plus, c'est que c'est loin d'être l'urgence. En janvier à Mayotte, on a recensé 173 gamins abandonnés après que leurs parents aient été expulsés du territoire. Voilà le problème ! Occupons-nous d'abord de ces questions." Saïd Ahamadi dit "Raos", maire de Koungou et président du Parti social mahorais : "Les Mahorais se foutent du droit du sol. C'est un faux problème. Eux ce qui les intéresse, c'est le développement de Mayotte. C'est ce qu'ils partent chercher à la Réunion ou en métropole [les allocations sociales, ndlr]. Le droit du sol ou du sang, c'est la même chose pour les Mahorais. Le problème n'est pas là et les Mahorais ne sont pas dupes. Cette mesure vise à cacher les échecs de l'Etat qui pratique une lutte contre l'immigration clandestine inefficace et même dangereuse. Les Comoriens viennent à Mayotte d'abord pour des raisons économiques. Pas pour les papiers !" Le député de Mayotte (MDM), Abdoulatifou Aly, était injoignable ce week-end, tandis que Bacar Ali Boto, premier vice-président du Conseil général et leader du parti Alliance, a préféré ne pas répondre à notre sollicitation, prétextant la proximité des élections pour ne pas se positionner. VM Pour aller plus loin : Lire l'interview de Jean-Pierre Dubois, président de la LDH (Ligue des Droits de l'Homme).
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