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Bernard Thomassin, directeur honoraire au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), à l\'Unité du Centre océanologique de Marseille, travaille depuis plus de 20 ans à l\'étude de l\'écologie des milieux coralliens dans la zone indopacifique, allant du sud de Madagascar à Hawaï et la Polynésie française. Son occupation est, comme il le décrit lui‑même simplement, la taxonomie (décrire et appeler faune et flore) ou comment \"nommer un chat un chat et un chien un chien\" . Le professeur est resté durant sept jours à Mayotte, non pour une visite de courtoisie, mais dans l\'objectif de deux missions : étude des plages et recherche de fonds. Il affirme également, comme tout scientifique qui se respecte, être continuellement en prospection financière. En la matière il consent \"avoir un problème extrêmement important avec le Conseil général\".
En effet ce dernier ne verse plus aucun financement depuis le 4e trimestre 2003. A partir de 1991, des aides annuelles de l\'ordre de \"10.000 euros en gros\" étaient versées pour continuer les missions des nombreux hauts scientifiques venus sur l\'île ces 23 dernières années. M. Thomassin déplore cet état de fait survenu suite à la passation des pouvoirs en avril 2004. Dès lors, les subventions sont devenues égales à zéro alors que les \"laboratoires de recherches ont versé 10 millions pour des fonds de fonctionnement\", notamment du GIS Lag May (groupement d\'intérêt scientifique \'Environnements marin et littoral de Mayotte\"). Il menace \"les scientifiques et experts européens ne viendront pratiquement plus travailler à Mayotte\".
Dans le cadre des actions de ce GIS, des recherches sont menées depuis de nombreuses années sur les récifs coralliens, le lagon, les littoraux et les mangroves de l\'île de Mayotte et des bancs coralliens voisins. Les objectifs visés sont aussi bien la connaissance que la protection de l\'environnement, la gestion et le développement durable ou le rayonnement scientifique et la culture.
Le professeur menait en ce sens une mission, la semaine dernière, pour le cabinet Espaces. Ce bureau d\'études était chargé l\'an passé du contrôle de l\'état de santé des récifs frangeants, dont le rapport est actuellement en voie d\'achèvement. Cette année une étude d\'impact d\'aménagement a été faite sur les plages de M\'bouanatsa (baie de M\'zouazia), Iloni et M\'tzamboro. Pour les deux premières, ce sont des travaux prévus par la DE (direction de l\'Equipement), et le complexe hôtelier est dans les dossiers de la commune du Nord. De façon générale, Bernard Thomassin constate un recul des plages, alors que le niveau marin moyen augmente de 4 mm par an , dû à un \"basculement \"des eaux de l\'océan Indien entre le côté africain et l\'australien tous les 16 ans.
Alors expert à l\'Institut national d\'étude des risques industriels, le professeur est venu à Mayotte en 1977 pour sa première campagne et revient chaque année depuis 1983. Il étudie alors cette véritable mer intérieure de 1.500 km² qu\'est le lagon, ainsi que ses récifs et son fonctionnement dans sa globalité. Ces travaux servent à retracer l\'histoire de l\'île, mais sont surtout nécessaires avec un objectif qui est de définir les développements futurs.
L\'hydrodynamique est un point essentiel de connaissance afin de permettre un aménagement durable des zones côtières. Si les courants sont connus du côté Est, aucune étude poussée n\'a pu être réalisée sur l\'ensemble de l\'île, faute de moyens, alors que se développent de nouvelles conurbations à l\'Ouest avec Sada au centre et M\'tzamboro au Nord, note le scientifique. Il s\'emporte \"des recherches doivent être menées pour définir un modèle hydrodynamique du fonctionnement du lagon, dont le moteur n\'est pas les marées, mais le vent\".
Sans ces études, va avoir lieu un agencement sauvage des côtes qui mèneront \"au rythme actuel , à une pollution chronique et irréversible d\'ici 20 ans\". A l\'heure actuelle, la commune de Koungou remporte le concours de la plus mauvaise élève. \'Elle qui pollue de façon permanente, car aucune infrastructure n\'est en place pour traiter les déversements dû à l\'activité humaine\", déplore le spécialiste.
Marc Abonnat |