|
Déserté |
|
|
|
Durant plusieurs jours, le village de Bandrani-Shironkamba a été déserté par ses habitants, qui ont fui dans les localités voisines la répression de la gendarmerie. Les premiers retours ont été enregistrés jeudi 13 novembre. Ce jour-là selon un journaliste, il ne restait qu'une demi-douzaine de gendarmes dans le village. Les autorités ont par ailleurs nié les accusations de violences et de viols émises à l'encontre des gendarmes par certains villageois et par leurs proches installés à Mayotte. |
|
| |
Mardi 11 novembre, des gendarmes postés devant la maison de la famille Boudra à Bandrani-Shironkamba ont été selon le procureur Mohamed Soidiki Chahassou "victimes d'un guet-apens" à Ankibani, village situé à 2 kilomètres de Shironkamba. Selon les autorités, les gendarmes qui assuraient la sécurité de la propriété des Boudra auraient été prévenus par un villageois de la présence d'un suspect à Ankibani et auraient décidé de se rendre sur les lieux afin de l'appréhender. "Là, ils ont été attaqués par une trentaine de personnes", a indiqué jeudi 13 novembre à des journalistes le commandant de la gendarmerie d'Anjouan, Charif Souffou. Dans la bagarre, certains des assaillants ont selon lui arraché les armes des gendarmes – armes qui ont finalement été rendues le lendemain par le ministre de la Santé de l'île d'Anjouan, originaire de cette région. Le bilan officiel de ce "guet-apens" est de trois blessés parmi les forces de l'ordre, dont un par balle, et d'un blessé parmi les riverains, également par balle. "Il s'agit de balles perdues lorsque les assaillants ont tenté de prendre leurs armes aux gendarmes", indique un journaliste anjouanais. Les quatre victimes étaient encore hospitalisées le 13 novembre. Alors que l'enquête pour arrêter les meneurs de cette attaque n'avait pas abouti jeudi soir, le commandant de la gendarmerie a avoué ses inquiétudes quant à la présence présumée, parmi les assaillants, d'anciens membres des Forces de la gendarmerie anjouanaise (FGA), bras armé du régime de Mohamed Bacar. Ce "guet-apens" semble être une réponse d'une partie des habitants de Bandrani-Shironkamba, gros bourg situé entre Sima et Mutsamudu, à l'intervention de la gendarmerie qui avait provoqué la fuite des villageois, le 7 novembre dernier. Ce jour-là, les gendarmes avaient été appelés alors que des dizaines de villageois avaient attaqué la maison des Boudra, propriétaires d'un terrain convoité de 2 hectares situé en plein cœur du village et qui abrite le marché, la place publique, deux épiceries et 22 cases. Durant 30 ans, cette parcelle était restée libre et les habitants s'y étaient installés. Lorsqu'en 2006, le petit-fils du propriétaire y a fait construire sa maison, les villageois s'y étaient opposés. Le 26 octobre, l'un d'eux aurait tenté de mettre le feu dans la propriété. Les propriétaires ont alors déposé une plainte qui a abouti à la convocation de tous les "squatteurs" du terrain. "C'est pour évoquer cette convocation qu'une réunion a été organisée par les chefs du village le vendredi 31 octobre", indique un témoin. A l'issue de la rencontre, des jeunes étaient partis vers la maison des Boudra et l'avaient encerclé. "Ils ont cassé la clôture, coupé des arbres fruitiers, tué un chien et ont défoncé une chambre. Ils ont ensuite commencé à piller la maison, volant notamment un ordinateur, pendant que ses habitants se cachaient dans une chambre", rapporte Kamal Ali Yahoudha, de Ndzuani Hebdo. Appelée sur les lieux, la gendarmerie de l'île avait procédé à de nombreuses interpellations, qualifiées d'arbitraires par des habitants. Durant toute la journée de samedi, "ils ont arrêté tous ceux qu'ils trouvaient, des femmes, des enfants, et les ont amenés à la prison, sans se demander s'ils faisaient partie ou non des pillards", indique un témoin. "Certains disent avoir été frappés, tabassés, mais il n'y a pas eu de blessé grave", précise un journaliste, même si, selon le journal Al-Watwan, certains "portent la signature de l'escadron sur leurs corps". Selon diverses sources, près de 70 personnes auraient été arrêtées le 1er novembre. "Elles ont rapidement été libérées après enquête", indique le procureur Mohamed Soidiki Chahassou. Jeudi 13 novembre, il en restait dix à la brigade de Hombo, qui devaient être présentés au juge d'instruction vendredi 14. "Ils sont suspectés d'attroupement avec arme blanche", a informé le procureur. RC
|