|
Lors de son allocution de milieu d'année sur la politique monétaire, prononcée
au début du mois d'octobre, Gideon Gono, gouverneur de la Banque de réserves du
Zimbabwe (BRZ), a déclaré que les ONG seraient désormais titulaires de « comptes
miroirs » qui indiquent les fonds dont elles disposent, mais que, dans la
pratique, ces fonds seraient conservés par la BRZ.
Conformément à ces
nouvelles dispositions, les ONG doivent obtenir la permission de la Banque de
réserves lorsqu'elles souhaitent utiliser leurs fonds. Les ONG avec lesquelles
IRIN s'est entretenu ont révélé que bon nombre de leurs programmes avaient
presque cessé de fonctionner : en effet, il faut à la banque centrale pas moins
de trois semaines pour approuver le déblocage de devises.
Pour justifier
cette mainmise sur les fonds des ONG, M. Gono a expliqué que cette mesure,
applicable à tous les CD des sociétés, avait été prise pour assurer «
l'allocation judicieuse des maigres réserves de devises [dont nous disposons] »,
et stimuler les exportations.
« Cette mesure, à effet immédiat, implique
que les soldes de tous les comptes en devises appartenant à des personnes
morales et gérés par des organismes agréés soient déposés à la Banque de
réserves du Zimbabwe, de sorte que chaque banque conserve [uniquement] des
comptes miroirs, pour permettre de tracer les transactions réalisées », a-t-il
expliqué.
« Il importe de noter que si les CD des particuliers, des
ambassades et des organisations internationales seront toujours gérés par les
organismes agréés, les soldes de toutes les organisations non-gouvernementales
devront être transférés et centralisés à la Banque de réserves ». Les CD
appartenant aux agences des Nations Unies ont eux aussi été épargnés.
En
échange, M. Gono a proposé toute une gamme de plans d'investissement pour «
préserver et promouvoir le bien-être de nos générateurs de devises, nos poules
aux oufs d'or ». Comme on pouvait s'y attendre, la communauté des ONG est
préoccupée par ces évolutions.
Mainmise sur les programmes
Fambai Ngirande, directeur des communications et de
l'information de l'Association nationale des organisations non-gouvernementales
(NANGO), un organisme qui chapeaute l'ensemble des ONG actives au Zimbabwe, a
expliqué à IRIN qu'une réunion d'urgence avait été organisée par les membres de
l'association à la suite de l'annonce.
« Au cours de la réunion,
certains ont supposé que la Banque de réserves finirait par décider à la place
des ONG si les programmes mis en place étaient pertinents ou non », a-t-il
rapporté.
« Une autre de leurs préoccupations portait sur [l'hypothèse]
que la Banque de réserves du Zimbabwe finirait par reprendre les devises
conservées sur les CD des ONG aux taux de change obligatoires, en adéquation
avec l'esprit du projet de loi sur l'indigénisation et l'émancipation économique
».
Ce projet de loi vise à assurer que la participation des populations
indigènes noires s'élève à 51 pour cent au moins, dans la plupart des
entreprises.
Selon plusieurs des ONG qui se sont entretenues avec IRIN,
bien qu'il ait été initialement sous-entendu qu'il ne faudrait que deux jours à
la BRZ pour approuver l'utilisation des fonds par les ONG, des retards de deux
semaines à un mois ont été constatés.
« Nous sommes préoccupés par les
retards inexplicables constatés dans le transfert de fonds. Certaines ONG ont
fait état de retards de deux semaines, d'autres ont rapporté que les traveller's
cheques de leurs responsables, en déplacement dans le monde à l'occasion de
rencontres, étaient refusés », a expliqué M. Ngirande.
Une ONG, opérant
dans le domaine de la sécurité alimentaire, attend toujours l'approbation de sa
demande de fonds pour pouvoir mener des recherches sur le taux de nutrition des
enfants en milieu rural.
« Cela fait trois semaines que nous avons
soumis notre demande de fonds. Le problème, c'est que nous ne pouvons pas
dénoncer ce retard, sous peine de nous voir rayés des registres, mais la vérité,
c'est que le bien-être de milliers d'enfants est compromis par la mainmise de la
Banque de réserves sur les CD », a expliqué un haut responsable de ladite ONG.
Cette mesure ciblée a éveillé les soupçons des ONG, à l'heure où elles
font l'objet d'attaques régulières du gouvernement ; ce dernier accuse en effet
les ONG et la société civile de soutenir le Mouvement pour le changement
démocratique, principal parti d'opposition, et d'utiliser leurs ressources pour
faire campagne au nom de l'opposition.
Bien que le taux de change
officiel soit de 30 000 dollars zimbabwéens pour un dollar américain, sur le
marché parallèle, illégal mais prospère, le dollar s'achète à 1,5 million de
dollars zimbabwéens.
Il y a deux ans, le président Robert Mugabe n'avait
pas approuvé le projet de loi sur les ONG, qui prévoyait, entre autres
dispositions, de contrôler les fonds destinés à être versés aux ONG. Ce projet
de loi avait été soumis à l'approbation de l'Assemblée à une période où les ONG
étaient la cible de véhémentes accusations sur leur soutien supposé à
l'opposition.
Stratagème électoral ? Selon le
responsable d'une ONG de défense des droits humains, la politique adoptée par la
Banque de réserves semble avoir été élaborée pour entraver les opérations
humanitaires.
« Il y a eu un énorme tollé lorsque le gouvernement a
tenté de radier les ONG avec le projet de loi sur les ONG, mais nous pensons que
cette dernière mesure a été prise pour veiller à ce que nous ne fonctionnions
pas à la hauteur de nos capacités escomptées », a commenté le responsable.
« Des mesures punitives semblent avoir été prises par le gouvernement à
l'encontre de la communauté des ONG, par le truchement de la Banque centrale.
Bizarrement, la politique a été annoncée quelques mois avant les élections de
l'année prochaine ».
Selon l'un des responsables d'une banque
commerciale chargée de transmettre les demandes de devises soumises par les ONG,
la BRZ exige qu'on lui communique trois informations : « La BRZ insiste pour
connaître le nom de l'ONG, la somme requise et l'identité des bénéficiaires,
avant de traiter les demandes ».
|