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L'association a pris la décision de porter l'affaire devant le tribunal à la
suite d'un arrêt prononcé par la Cour suprême la semaine dernière, et qui donne
l'autorisation au gouvernement de confisquer tout l'équipement et les machines
agricoles des fermiers blancs dépossédés.
Le tribunal de la SADC, créé
en 1992 en vertu de l'article 9 du traité de la SADC, comme institution centrale
de cette entité régionale, n'a ouvert ses portes qu'en 2005 ; il a pour mandat
d'assurer que les pays membres du traité respectent l'Etat de droit.
John Worswick, directeur général de JAG, a expliqué à IRIN que
l'association se pourvoirait également devant la Commission africaine des droits
de l'Homme et des peuples (CADHP), une entité statutaire de l'Union africaine,
sise à Banjul, en Gambie, et qui veille à l'application de la Charte africaine
des droits de l'Homme et des peuples, aux termes de laquelle « la liberté,
l'égalité, la justice et la dignité sont des objectifs essentiels à la
réalisation des aspirations légitimes des peuples africains ».
Plusieurs
juges de la Cour suprême sont parmi les bénéficiaires du programme de réforme
agraire accélérée mis en place au Zimbabwe, et qui prévoyait la redistribution
des terres agricoles des exploitants blancs aux populations noires sans terre ;
mais dans le cadre de laquelle, à en croire les critiques, les terres
confisquées ont au contraire été réparties entre les responsables du
gouvernement, les politiciens et les membres haut placés du ZANU-PF (le parti au
pouvoir), de l'armée et des forces de police.
Le président Robert Mugabe
a lancé ce programme gouvernemental de réforme agraire accélérée en 2000, mais
de nombreux exploitants blancs ont entreposé leur équipement et leurs machines
agricoles avant ou après la redistribution de leurs terres.
Selon les
organisations donatrices internationales, plus d'un tiers de la population, soit
4,1 millions de personnes, sont en mal d'une aide alimentaire d'urgence,
conséquence, d'après les analystes, de la sécheresse et de ce programme
chaotique de réforme agraire. Pour sa part, le gouvernement attribue les
pénuries alimentaires aux sanctions imposées par les Etats-Unis et l'Union
européenne, ainsi qu'au climat.
Pour redonner au Zimbabwe sa place
d'exportateur net de denrées alimentaires, le gouvernement s'est embarqué dans
un programme de mécanisation pour la prochaine saison agricole déclarée comme «
la mère de toutes les saisons agricoles », et a créé un nouveau ministère - le
ministère de l'Agriculture, de l'Ingénierie et de la Mécanisation - pour
superviser la mécanisation du secteur.
Malgré tout, le taux d'inflation
de près de 8 000 pour cent - le plus élevé du monde - a également provoqué de
graves pénuries de devises, utilisées pour acheter des pièces détachées, des
substances chimiques, du carburant et de l'électricité. La maigre récolte de blé
de l'hiver dernier a été attribuée aux pénuries de carburant et d'électricité,
qui ont rendu inopérables les systèmes d'irrigation électriques ou alimentés au
fioul.
La décision de la cour a déclenché une vague de saisies de
machines agricoles, aux dépens des quelques exploitants blancs restants, qui
seraient au nombre de 400 environ ; par ailleurs, plusieurs fermiers ont
rapporté à IRIN que d'autres exploitants commerciaux blancs auraient été
expulsés depuis le prononcé de l'arrêt.
Sikhanyiso Ndlovu, ministre de
l'Information, n'a pas souhaité s'exprimer à ce sujet et a déclaré à IRIN : «
c'est vous qui m'apprenez qu'ils souhaitent contester l'arrêt de la cour, ce qui
veut dire qu'il s'agit d'une rumeur, car ils [JAG] ne nous ont pas dit qu'ils en
avaient décidé ainsi. Les décisions de la cour doivent être respectées ».
Pour M. Worswick, « depuis 2000, tous les jugements rendus sur des
questions foncières obéissent à des considérations politiques, et ne reposent ni
sur la justice ni sur l'équité. Nous sommes en train d'épuiser tous les recours
que nous offre la loi et, à l'heure qu'il est, nous sommes prêts à porter
l'affaire devant le tribunal de la SADC et la CADHP. Ce n'est pas parce que la
Cour suprême a prononcé son arrêt que nous devrions baisser les bras. Nous
sommes prêts à aller jusque devant les tribunaux internationaux de [...] La Haye
».
Sur les quelque 4 300 fermiers blancs expulsés de leurs
exploitations, seuls 300 ont été indemnisés, selon M. Worswick. « Les quelques
exploitants qui ont accepté l'indemnisation ridiculement dérisoire [versée par
l'Etat] étaient âgés : incapables de cultiver leurs terres, ils étaient tombés
dans la misère et la plupart d'entre eux voulaient s'acheter des médicaments »,
a-t-il expliqué.
Les exploitants soutiennent qu'en termes de valeur des
terres et des infrastructures (barrages, habitations, granges.), l'Etat leur
doit un total de 30 milliards de dollars ; selon le gouvernement, en revanche,
les exploitants ne devraient être indemnisés qu'à hauteur des frais
d'amélioration, les terres appartenant auparavant aux populations indigènes, qui
en avaient été dépouillées par les colons pendant la colonisation du pays, dans
les années 1890.
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