Jeudi 20 mars, 9h45. Ahmed Attoumani Douchina est élu président du Conseil général avec 14 voix, contre 5 à son adversaire, Mustoihi Mari. Porté par une coalition inédite UMP-MDM, le conseiller général du canton de Kani-Kely devient le troisième président de l'histoire de la jeune assemblée territoriale, après Younoussa Bamana (1977-2004) et Saïd Omar Oili (2004-2008).
Ce dernier a finalement déclaré forfait à l'approche du scrutin, sentant qu'il n'arriverait pas à convaincre assez d'élus pour rempiler. Il s'inscrit désormais dans une logique d'« opposition constructive », a-t-il déclaré à l'issue du vote. Une issue qu'il a lui-même qualifiée de « logique » : « En 2004, deux blocs à égalité s'affrontaient. Aujourd'hui, nous sommes dans une configuration différente. Les deux blocs se sont entendus, et moi je suis devenue leader d'un parti que j'entends construire pour l'avenir. »
Depuis lundi, l'issue du vote ne faisait guère de doute. Les caciques du MDM se sont en effet mobilisés toute la semaine pour imposer –« malgré les nombreuses réticences » selon M'hamadi Abdou- une union avec l'UMP. Le secrétaire général du parti, M'hamadi Abdou, a tout fait pour s'allier avec « non pas l'ancien adversaire, mais l'ancien ennemi » car, dit-il, « nous avons besoin d'un homme de l'UMP pour être entendus à Paris par un gouvernement UMP ». Il a été aidé dans sa tâche par Jean-François Hory, ancien député (1981-1986) et Zoubert Adinani, président du MDM, qui n'ont pas ménagé leur peine pour multiplier les réunions afin de trouver un accord qualifié par M. Abdou d'«historique ». Depuis l'apparition du multipartisme à Mayotte au milieu des années 80, jamais les deux partis ne s'étaient entendus…
L'UMP, fort de 7 élus mais qui paraissait sortir exsangue de ce scrutin après les défaites de ses leaders Mansour Kamardine et Maoulida Soula, s'en tire finalement bien, avec la présidence et deux postes de vice-président, qui échoient à Hadadi Andjilani (conseiller de Ouangani, 3ème vice-président) et Ali Hassani (conseiller de Mamoudzou qui a battu Bacar Ali Boto, 5ème vice-président). Le MDM, avec six élus, compte pour sa part trois vice-présidents : M'hamadi Abdou (1er), M. Chanfi (2ème) et Mirhane Ousséni (4ème). Outre Oili, le grand perdant de cette élection est Mustoihi Mari, conseiller de Bandrele qui visait la présidence et s'est éloigné de la tactique prônée par son parti, sans succès.
On se dirige donc vers une majorité assez large de 12 conseillers (7 UMP et 5 MDM) , qui pourraient être complétée par les sans étiquette Zaïdou Tavanday et Ibrahim Aboubacar, qui a très explicitement proposé ses services après le vote –services que le nouveau président a accueilli avec enthousiasme. Reste à savoir jusqu'à quand tiendra cette coalition « historique » certes, mais fragile. Fondée sur la départementalisation de l'île et sur la volonté de ne faire qu'un quand il s'agit de négocier avec Paris, elle pourrait exploser une fois que le statut de département sera accordé –s'il l'est. La capacité d'Ahmed Attoumani Douchina à rassembler sera essentielle pour la pérennité d'une majorité censée diriger l'île pendant trois ans.
VM