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C'est par un communiqué laconique à la presse locale que la direction d'Air Austral a annoncé la suspension de ses vols long courrier "de et vers Moroni". La raison tient à une phrase unique mais lourde de sens puisqu'elle met en cause l'état de la piste de l'aéroport international des Comores. "Suite aux nouvelles valeurs de résistance de la piste de Moroni, récemment publiées par les services techniques de l'aviation civile comorienne, l'exploitation de nos Boeing 777 sur l'aéroport de Hahaya est dorénavant limitée à des vols régionaux. La compagnie se voit donc contrainte de suspendre à compter de ce jour l'ensemble de ses vols long courrier de et vers Moroni, ceci afin de pouvoir garantir la sécurité de ses passagers et des appareils et de rester en conformité avec les exigences réglementaires." Dans un courrier du 24 octobre au directeur général de l'Aviation civile comorienne, Gérard Ethève, le président du directoire d'Air Austral, souligne que "la résistance de la piste de l'aéroport de Hahaya ne lui permet pas de recevoir nos Boeing 777 en pleine charge" ajoutant que la limitation annoncée étant de 206,6 tonnes alors qu'en pleine charge cet appareil pèse 297 tonnes. Il ne fallait pas plus pour provoquer l'ire des autorités comoriennes qui ont qualifié de "graves" les arguments d'Air Austral. Le premier à monter au créneau est le directeur de l'Aviation civile comorienne, M.Anzi, qui au cours d'une conférence de presse mercredi, a reproché à Air Austral de mélanger commerce et technique. S'il ne conteste pas la baisse de la résistance de la piste comorienne qui est "de 32 F/A/W/T pour la piste et les bretelles et de 24 pour le parking", M.Anzi déclare : "Au moment où nous parlons, notre piste est en bonne santé." Et de se demander "quel intérêt poursuit Air Austral pour justifier sa décision par le coefficient de résistance de la piste alors que la compagnie disposait de ces informations lorsqu'elle a ouvert sa ligne Moroni/Marseille". La décision de fermer cette desserte au profit d'une liaison sur Paris à partir de novembre remonte en effet au 28 juillet dernier selon un courrier de Gérard Ethève à l'Aviation civile. Le 5 octobre, Air Austral saisit de nouveau Moroni pour un report du trafic en décembre "pour des raisons d'exploitation" lit-on sur un autre courrier. Etonnant, le 28 octobre Air Austral saisit de nouveau le DG de l'Aéroport de Hahaya d'une "demande d'autorisation d'opérer en B737 et B777 (…) en surcharge par rapport à la valeur PCN de la piste et du parking". Autrement dit, la compagnie régionale veut continuer à opérer sur la piste ,en dépit des informations alarmantes qu'elle a révélé 4 jours plus tôt.
Pour les autorités aéronautiques comoriennes, ces volte-face d'Air Austral traduiraient "les difficultés de la compagnie à s'adapter à la clientèle comorienne tant au niveau de ses tarifs (plus élevés que ceux de la concurrence, ndlr) que de la franchise" soutient un cadre de l'aéroport. "Pourquoi se donner un torticolis pour montrer qu'une affaire commerciale n'est pas rentable ?" ironise Anzi. Reste qu'en levant ce coin de voile sur l'état de la piste de l'aéroport de Hahaya, Air Austral met le doigt sur une série de négligences en matière de sécurité aéroportuaire (lire Kashkazi n°3). Depuis 1982, il n'y a pas eu de revêtement de la piste de Hahaya alors que des travaux de surfaçage sont exigés au moins une fois tous les dix ans.
Kamal'Eddine Saindou Kashkazi |