|
Une centaine de professionnels de la médecine,
libérale et hospitalière, ont défilé dans les rues de Mutsamudu
ce matin. Le cortège a fait le tour de la ville avant de se rendre à
l'inspection générale de la santé où ils ont tenu un meeting. Une
manifestation « pacifique et apolitique », tient à
souligner Youssef Zaïdou, président du Conseil de l'Ordre des
médecins.
En tête du cortège le maire de Mutsamudu, Bacari
Abdou, avait préféré venir soutenir ce mouvement plutôt que
d'assister à la cérémonie préparée autour du président de
l'Union, A.A. Sambi, qui se déroulait au même moment à quelques
mètres de la manifestation pour fêter la victoire des partisans de
la mouvance présidentielle.
Pour expliquer sa présence dans la manifestation,
le maire de Mutsamudu est revenu sur les événements qui se sont
déroulés à Pagé le 14 novembre et au cours desquels deux de ses
agents municipaux avaient été blessés. Un des messages inscrits
sur les banderoles disait d'ailleurs que « la mairie de
Mutsamudu condamne les actes barbares ». Les autres
messages disaient « non au banditisme militaire »,
réclamaient « que les agresseurs du Dr Ahmed Abdallah
soient jugés » ou affirmaient encore « oui à une
armée républicaine respectant les droits de l'homme ».
Après le second tour des législatives qui s'est
déroulé le 20 décembre, la population de Sima avait érigé, dès
le lendemain, un barrage routier pour protester contre l'éviction,
contre toute attente, du candidat de l'opposition, Mohamed Djanffari,
au profit du candidat de la mouvance présidentielle, Nourdine
Fadhuila.
Mercredi, les forces de l'ordre, gendarmerie et
armée, arrivées en trois groupes, un par chaque route et un par la
mer, ont dégagé le barrage, constitué d'un simple conteneur. Un
barrage qui n'était pas gardé et où aucun habitant ne se trouvait
au moment de « l'assaut ».
Les choses auraient pu en rester là, le calme étant
revenu.
Mais les forces de l'ordre n'ont pas regagné leurs
casernes comme on aurait pu s'y attendre. Des militaires ont pénétré
de force dans de nombreuses habitations, occasionnant de nombreux
dégâts matériels et ont procédé à une cinquantaine
d'interpellations dans la plus grande confusion puisque des partisans
de la mouvance ont également fait les frais de cette violence.
Aucune enquête n'avait été menée afin d'identifier les éventuels
meneurs à l'origine de la mise en place du barrage.
Plusieurs personnes ont été blessées au cours de
cet assaut et une jeune femme de 22 ans est décédée suite à un
arrêt cardiaque provoqué par la peur des coups de feu. Parmi ces
blessés, le Docteur Ahmed Abdallah, a été évacué vers l'hôpital
Al Maarouf à Moroni. Le bilan médical fait état de sept côtes
cassées et « un organe creux a été touché »,
selon un de ses confrères présent sur la manifestation. Mardi, il
était toujours incapable de répondre aux questions des
journalistes.
Une centaine d'habitants de Sima ont fui en kwassa
afin de rejoindre Mayotte, espérant y trouver refuge. Le candidat
député Mohamed Djanffari a également fui la ville où il était
activement recherché pour gagner Mayotte.
C'est la troisième fois en quelques mois qu'Anjouan
est confrontée à de tels débordements de la part des forces de
l'ordre. E.T.
|