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Deux missions parlementaires sont venues, en 2005 puis en 2008, étudier le phénomène migratoire si particulier à Mayotte. Les conclusions étaient claires et reposaient sur trois points : faciliter l'obtention des visas, développer une coopération économique et agir sur deux des principales raisons qui poussent les comoriens des autres îles à venir à Mayotte, l'éducation et la santé. René Dosière, président des deux commissions relevait que « nous avons également découvert un phénomène migratoire particulier compte tenu des liens historiques, culturels et familiaux qui existent entre les Anjouanais et les Mahorais. On nous a dit partout que les Anjouanais ont tous de la famille ici (à Mayotte, ndlr) ». Une partie non négligeable des passagers des kwassa-kwassa n'a, en effet, nullement l'intention de s'installer à Mayotte. Base, par exemple, était directeur d'école à Bambao, il venait régulièrement voir sa femme et ses enfants à Mayotte, arrivait et repartait en kwassa pendant la période des vacances anjouanaises. Il n'a jamais eu l'intention de s'installer. Les parlementaires avaient affirmé dans leurs conclusions qu'« il faut faciliter l'obtention des visas. Il y a une restriction excessive actuellement » alors que Jean-Christophe Lagarde, un autre parlementaire, prévenait qu'« il faut arrêter de croire que les mesures policières empêcheront les gens de rentrer. Cela revient à vider la mer à la petite cuillère. » L'ouverture d'un consulat à Anjouan répond à ce premier point Au cours de sa première année d'existence, le consulat de France d'Anjouan a enregistré 5530 demandes de visa, 4170 ont été acceptées, les 1360 restant, soit 25%, n'ont pas abouti. « Le 1er mois nous avons délivré 180 visas, le 3ème mois 350 et actuellement nous dépassons les 500 », indique le consulat, qui évoque malgré tout « des débuts laborieux » qu'il explique par « l'isolement des populations et des difficultés à faire circuler l'information sur l'ouverture du consulat ». En 2008, avant l'ouverture du consulat à Anjouan, l'ambassade de Moroni, qui seule délivrait les visas, avait reçu 2030 demandes dont 38,6% avaient été refusées. En 2009, ce chiffre est passé à 2148 et les refus ne représentent plus que 26% des demandes. Ce sont donc en tout 5759 visas qui ont été accordés en 2009 contre 1246 l'année précédente. Paradoxalement, alors qu'on aurait pu s'attendre à un raz-de-marée de demandes, de nombreux candidats à la traversée continuent à préférer le kwassa-kwassa. Le vice-consul accuse « toute une mafia très organisée (qui) les incite à choisir cette solution ». Il est vrai que depuis l'instauration de ce qu'on appelle le « visa Balladur » en 1994, l'obtention d'un visa avait rapidement tourné au parcours du combattant. Il faut donc que la population s'habitue à ce virage à 180° de la politique migratoire de la France aux Comores indépendantes et intègre que dorénavant, « on est souple, voire très souple sur la délivrance des visas », comme nous le confie l'Ambassadeur de France à Moroni, Luc Hallade. Cette nouvelle position de souplesse a été adoptée « afin de prouver que ça peut marcher ». Une autre explication à ce demi-succès est avancée par le consulat. « Les gens, pour la plupart illettrés, sont effrayés à la seule idée d'affronter une administration française et de devoir fournir un ensemble de documents en suivant tout un parcours qui semble insurmontable, tout particulièrement l'obtention de l'attestation d'accueil délivrée par Mayotte ». L'attestation d'accueil est un document fourni par un habitant de Mayotte qui déclare héberger le candidat au voyage. Il prend également la responsabilité de son retour avant le terme de validité du visa. Jusqu'à maintenant, les autorité de Mayotte n'interviennent pas auprès de ces personnes pour leur demander des comptes en cas de non retour de leur hôte déclaré, mais si le taux de 40% ne baisse pas, il est très probable qu'ils seront impliqués. Luc Hallade met également en cause les services municipaux à Mayotte et dénonce « des attestations d'accueil qui sont délivrées sans contrôle des mairies ». Il semble décidé à impliquer les accueillants. « On envisage, tout en jouant le jeu, de responsabiliser les accueillants. Si les gens ne rentrent pas, on ira voir les accueillants », menace-t-il. Respecter les règles du jeu : un impératif Mais, pour que ces nouvelles mesures puissent perdurer, il est essentiel que « les gens s'habituent à respecter les règles du jeu, y compris pour les longs séjours », avertit Luc Hallade. En effet, 40% des personnes ayant obtenu le sésame pour Mayotte n'étaient pas rentrées au terme de la validité. « On est préoccupé par ce taux élevé », s'inquiète le représentant de la diplomatie française qui note également une augmentation des reconduites à la frontière à partir de Mayotte. « On ignore si cette augmentation tient à l'augmentation du flux migratoire ou s'il faut l'attribuer à l'amélioration des moyens utilisés », précise-t-il. L'objectif affiché du consulat était « d'infléchir la courbe du nombre de départs de clandestins, avec tout le tragique que cela implique ». « Cet objectif n'est pas atteint ! », regrette le vice-consul qui dévoile alors la stratégie qui se met en place. « Nous allons mener une campagne d'information massive, dans les moindres recoins de l'île, sur notre souplesse dans la délivrance du visa, son coût très avantageux en comparaison aux tarifs des passeurs ». Une partie des personnes ayant obtenu un visa sont persuadées qu'elles ont « gagné » une fois, mais doutent de pouvoir renouveler l'opération. Le vice-consul insiste pourtant « sur la possibilité de pouvoir présenter une nouvelle demande de visa après expiration du premier ». Il paraît en effet assez logique qu'une personne qui a obtenu son visa et qui est rentrée dans les temps prouve par là qu'elle est digne de confiance. Le visa lui sera accordé d'autant plus facilement. A contrario, celui qui ne respecte pas « les règles du jeu » voit ses chances quasiment réduites à néant. « La crainte de ne pas se voir délivrer un 2ème ou 3ème visa disparaissant, les voyageurs comprendront vite leur intérêt à voyager légalement », nous confie le vice-consul. Agir sur le côté économique Les services consulaires agissent également dans une autre direction, celle du prix de revient de la traversée. Effectuée en kwassa, elle revient au moins à 200 euros, mais cela peut grimper très vite. Cette somme a doublé en quelques années, probablement en raison de l'augmentation des moyens de surveillance des abords de Mayotte qui obligent les passeurs à rallonger leur route et à prendre toujours plus de risques. Les derniers accidents sont survenus dans le sud de l'île, alors qu'auparavant, les arrivées se faisaient plutôt sur les plages du nord, là où ont été installés plusieurs radars. C'est pour cette raison que le consulat « s'efforce de baisser au maximum le coût total de la traversée en fixant le visa à 9 euros, et en demandant aux compagnies maritimes d'accorder des tarifs préférentiels ». Le consulat note donc que « l'ensemble des dépenses pour se rendre à Mayotte s'élève à 109 euros » et promet qu'« avant la fin du 1er trimestre nous devrions réussir à réduire jusqu'à 90 euros ». Les services français sont conscients que « cette deuxième phase va créer un formidable appel d'air » et qu'ils devront faire face à « un fort nombre de demandeurs » qui pourrait provoquer un allongement de la liste d'attente. Actuellement, il faut cinq jours pour traiter une demande. Corruption Une autre menace pèse sur le jeune dispositif : la corruption. Prétextant que les sommes demandées étaient destinées au vice-consul, des personnes de son entourage ont piégé de nombreux demandeurs. Une personne a été arrêtée et un ex-ministre d'Anjouan a été limogé par le gouverneur. Il est toujours en fuite. Ces tentatives de trafic d'influence n'étonnent personne. Comme aiment à la répéter, en forme d'alibi, les gens que nous rencontrons dans les rues de Mutsamudu, « nous sommes en Afrique », comme si cela devait forcément aller de paire avec la corruption. On l'aura compris, l'objectif de cette nouvelle donne dans la délivrance des visas a un seul objectif : réduire l'immigration clandestine à Mayotte et les drames qui vont avec. Mais cet assouplissement, s'il est primordial, n'est pas suffisant. Il faut également agir sur les raisons qui poussent les comoriens à vouloir venir à Mayotte. L'une d'elle est sanitaire et concerne souvent la maternité. L'hôpital El Maarouf de Moroni vient d'annoncer, le 6 de ce mois, que les jeunes mamans pourraient maintenant passer 24 heures à l'hôpital où elles seront suivies durant cette première journée, cruciale pour le bébé et sa maman. Jusqu'à maintenant, elles étaient dehors le jour même. C'est un progrès, mais... c'est à Moroni, bien loin du Nyumakélé. La coopération franco-comorienne agit également dans ce domaine avec un ambitieux projet qui devrait voir le jour en 2010, principalement axé sur le Nyumakélé, région agricole du sud d'Anjouan d'où sont originaires une grande partie des passagers des kwassa-kwassas qui ont l'intention de s'installer à Mayotte pour fuir la grande pauvreté qui règne dans la région. Nous consacrerons un prochain article à ce sujet. Eric Trannois à Anjouan et Moroni
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