|
|
|
|
|
Les 18 émeutiers arrêtés jeudi dans le cadre des violences consécutives à la présence sur le territoire de Mohamed Bacar, ont été jugés en comparution immédiate vendredi en fin d'après-midi. Cinq personnes accusées d'avoir participé à un "attroupement armé" ont écopé de quatre mois de prison ferme ; deux autres ont été condamnées, pour le même délit, à six mois de prison ferme. Deux personnes accusées d'enlèvement et de séquestration (ils avaient tenté de "prendre en otage" deux métropolitains) ont pris 14 mois de prison ferme. Deux autres personnes ont été condamnées à 6 mois de prison ferme pour violences contre des agents de la force publique avec arme. Trois mineurs qui avaient participé à la manifestation ont été jugés ; quatre personnes qui comparaissaient ont été relaxées, faute de preuves. Les sanctions prises par la Justice ont été qualifiées de "très fermes" par le secrétaire d'Etat à l'Outremer, M. Jégo. L'un des avocats de la défense a parlé lui de "sanctions très sévères". |
|
|
|
|
|
|
Le bilan de la journée de jeudi n'a semble-t-il pas évolué : il reste selon la préfecture 18 blessés, dont deux sont encore hospitalisés, le premier au Centre hospitalier de Mamoudzou, le second à la Réunion, où il a été évacué dans l'après-midi pour y être opéré –il faut noter que, selon une source hospitalière, il aurait été blessé par les forces de l'ordre. Des rumeurs selon lesquelles les autorités dissimuleraient plusieurs décès n'ont toujours pas cessé de circuler, sans qu'aucun nom ne soit avancé ni qu'aucune famille ne se soit manifestée. Alors que l'aéroport a repris son trafic habituel, près du marché de Mamoudzou, les vendeurs à la sauvette sont restés chez eux ces trois derniers jours. Nombre de Comoriens sans-papiers français ont en effet préféré ne pas se montrer, craignant d'éventuelles représailles. "On a un peu peur", reconnaît Abdou, à M'tsapéré, "mais on espère que les gens comprendront que ceux qui ont fait des erreurs ne représentent pas tous les Anjouanais". Faissoil, qui vit à Cavani, a lui aussi préféré rester chez lui. "Par mesure de sécurité", dit-il. Les métropolitains quant à eux ne cachaient pas leur colère vis-à-vis des forces de l'ordre, coupables à leurs yeux de ne pas être intervenues assez vite, et leur incompréhension quant à l'attitude des manifestants. Parmi ces derniers, 18 personnes, 17 hommes dont trois mineurs et une femme, ont été jugés vendredi soir en comparution immédiate (lire encadré). "Désormais, il faut laisser faire la justice" a martelé le secrétaire d'Etat à l'Outremer, Yves Jégo, vendredi soir, lors d'une intervention dans le journal de Télé Mayotte. Arrivé à 12h25 à Mayotte en provenance de la Réunion, M. Jégo a entendu les doléances des élus, qui tous ont mis en avant la question de l'immigration clandestine. La nature du débat public a en effet rapidement évolué après les violences de jeudi. La question du bien-fondé ou pas de l'extradition de Mohamed Bacar et de ses proches vers la Réunion a vite été éclipsée par celle de l'immigration clandestine. Dès jeudi soir, la rédaction de RFO mettait l'accent sur la présence à Mayotte de milliers d'Anjouanais en situation irrégulière. "N'est-ce pas là que se trouve le vrai problème ?" a demandé le présentateur du journal du soir au préfet de Mayotte, M. Bouvier, avant de s'interroger sur le fait que "les violences d'aujourd'hui représentent peut-être l'échec de la lutte contre l'immigration clandestine menée par l'Etat français". Dans la soirée de jeudi, plusieurs meetings se sont tenus aux quatre coins de l'île, notamment à M'tsapéré, et à Bouéni, dans le sud. Organisés par des Mahorais "choqués" par les témoignages et les images diffusées sur RFO de wazungu frappés par de jeunes manifestants, ils visaient à évoquer les événements récents et les actions à mener. "Nous ne pouvons pas accepter ce qu'il s'est passé", affirmait hier un habitant de Cavani. "Nous devons réagir car nous avons eu très peur. Tous ces gens qui n'ont rien à faire à Mayotte doivent partir." Vendredi matin, une vingtaine de manifestants se trouvaient sur le parcours du secrétaire d'Etat à l'Outremer, Yves Jégo, en Petite Terre, et présentaient des banderoles dénonçant l'immigration clandestine. "Les Mahorais et les mzungu veulent vivre en paix chez eux" ; "Mayotte ne doit plus souffrir de la misère du monde", pouvait-on lire. Dans l'après-midi, des voitures circulaient dans certains villages indiquant aux sans-papiers -à l'aide de haut-parleurs- qu'ils avaient quelques jours pour quitter l'île. A M'tsapéré vendredi soir, des Mahorais passaient dans les quartiers et indiquaient aux habitants qu'ils étaient en train d'appeler la police et de livrer les adresses où vivent des étrangers en situation irrégulière. Toujours à M'tsapéré, une manifestation a rassemblé dimanche 200 personnes, selon RFO. Encadrés par les forces de l'ordre, les membres du cortège, dont une délégation doit être reçue ce lundi par le nouveau maire de Mamoudzou, ont réclamé le départ des Anjouanais et plus de "sécurité". "Ils ont dit que demain, les enfants anjouanais ne devront pas aller à l'école", raconte Abdou qui pour l'instant n'envisage pas de partir, d'autant plus que les liaisons maritimes et aériennes vers Anjouan sont suspendues. VM |