|
Nées aux Comores, Sitti Youssouf et Liouze Ali sont arrivées à Mayotte âgées de quelques mois. Elles ont effectué toute leur scolarité à Mayotte. Leur sœur, mahoraise donc de nationalité française, est venue témoigner lundi soir à Pau : «elles ont fait toute leur école à Mayotte ; elles ont passé leur bac à Mayotte, qui dépend de l'académie de La Réunion ; elles ont des pères français ». Sitty et Liouize ont été admises en 2009 en 2e année de licence de géographie à l'université de Pau alors qu'elles étaient sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français. Elles ont obtenu des bourses et une chambre en cité universitaire parce qu'elles y avaient droit au vu de leurs ressources. Le tribunal administratif de Pau avait confirmé en juillet 2009 leur obligation de quitter le territoire français. Elles ont fait appel de ce jugement. Dès leur arrestation, Sitty et Liouize ont été placées en garde à vue dans les locaux de la PAF, à Billère, où leur avocate, Me Massou-dit-Labaquère, a pu les rencontrer. Dans l'après-midi, elles ont été transférées à Paris, sur l'île de la Cité, où se trouve un centre de rétention administrative. Elles ont rendez-vous aujourd'hui, mercredi 27 à 14 heures à Paris avec le juge de la liberté et de la détention. Elles seront accompagnées par leur avocate parisienne Me Marianne Lagru. L'ambassadeur des Comores à Paris s'est penché sur le dossier. Il a joint par deux fois leur avocate paloise Me Massou-dit-Labaquère. Il a également reçu une délégation d'étudiants parisiens du réseau université sans frontière et a souhaité joindre les jeunes filles, voire leur rendre visite au centre de rétention. Pour Me Massou-dit-Labaquère, cette arrestation est la volonté d'un seul homme. « Les étudiantes n'ont pas été interpellées lors d'un contrôle, elles n'ont pas été arrêtées par hasard. C'est un ordre direct du préfet ! Le jugement du tribunal administratif qui a confirmé l'obligation de quitter le territoire date de juillet. Pourquoi maintenant ! Parce que cela fait monter les chiffres » s'emporte l'avocate dans les colonnes du quotidien Sud-Ouest. Elle a immédiatement saisi la Cour européenne des droits de l'homme. Deux recours ont également été déposés depuis lundi auprès de la Cour européenne des Droits de l'homme. Lundi soir, un rassemblement était organisé à la faculté des lettres de l'université. À 18 heures, un rassemblement s'est improvisé devant la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, regroupant des étudiants, des enseignants, des élus, des syndicalistes et de simples militants. Mercredi matin, une trentaine d'étudiants ont bloqué l'entrée de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques. L'Unef, une des principales organisations étudiantes, a demandé mardi « la libération » et « la régularisation » des deux étudiantes, dénonçant « la chasse aux sans-papiers à laquelle se livre le gouvernement ». Le syndicat étudiant s'en prend également à la réglementation actuelle en matière de droit au séjour pour études, « dépourvue de toute considération pédagogique et scientifique, qui pousse chaque année des centaines d'étudiants dans une situation irrégulière ». Pour le NPA (nouveau parti anticapitaliste), cette arrestation illustre « la politique ignoble de l'identité nationale qui s'invite à l'université, c'est le poison d'une politique raciste qui diffuse depuis plusieurs années dans notre société ». SUD Etudiant a vivement réagi et appelle à soutenir les deux étudiantes lors de leur passage devant le juge des libertés cet après-midi. La préfecture, quant à elle, estime que « le préfet est là pour rappeler la loi quand il le faut. Concernant les deux étudiantes comoriennes, elles étaient en situation irrégulière et le tribunal administratif a validé la décision qui avait été prise par le préfet. Il y a des moments où il faut aller au bout de la logique de reconduite. Il faut se montrer le plus légaliste possible dans cette matière difficile. C'est aussi dans ce cas présent, une façon d'assurer l'intégration de tous les étudiants étrangers qui ont sollicité et obtenu un visa ». Sur une population de 186.000 habitants, selon le dernier recensement de l'Insee, l'on estime à environ un tiers le nombre de personnes vivant en situation irrégulière à Mayotte, dont bien entendu, de nombreux jeunes qui suivent leur scolarité. Dès que ces jeunes ont atteint l'âge de 18 ans, ils deviennent expulsables, quelle que soit leur situation scolaire et quelle que soit la durée de leur séjour à Mayotte. Sur le reste du territoire, dans le cas où l'étudiant peut justifier de dix années passées sur le territoire, il peut obtenir un titre de séjour lui permettant de poursuivre et d'achever ses études. Mais, selon Sud Etudiant, on a refusé un titre de séjour aux deux étudiantes comoriennes « au prétexte que la Loi CESEDA ne s'applique pas dans les DOM ».
|