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"Beaucoup d'espèces dans le monde risquent
de disparaître avant même d'avoir pu être découvertes",
s'inquiète Bertrand-Pierre Galey, directeur général du Muséum
national d'Histoire naturelle français (MNHN), évoquant un
renouveau des expéditions naturalistes, lors de la présentation du
programme mardi à la presse.
Selon les scientifiques, il y aurait entre 8 et 30
millions d'espèces vivantes pour seulement 1,8 million connues à ce
jour.
Au rythme actuel des découvertes, il faudrait entre
500 et 1.000 ans aux scientifiques pour en achever l'inventaire.
D'où l'intérêt d'un coup d'accélérateur.
D'autant que, selon les experts, le quart, voire la moitié des
espèces vivantes, pourrait disparaître d'ici le milieu ou la fin du
siècle sous la pression des activités humaines.
Le programme lancé sous l'égide du Muséum, de
l'ONG Pro-Natura international et de l'Union internationale pour la
Conservation de la Nature (UICN) vise à "revisiter la
planète" avec des moyens technologiques modernes.
Reprendre ces grandes expéditions naturalistes, en
vogue au XIXe siècle mais tombées un peu en désuétude à la fin
du XXème, correspond à une démarche "légitime et
nécessaire", selon Philippe Bouchet, professeur au MNHN.
Cette fois-ci, les naturalistes, plutôt que de se
focaliser sur la grande faune emblématique, s'intéresseront à la
"biodiversité négligée" - invertébrés marins et
terrestres, plantes, champignons - qui représente 95% du tissu
vivant et joue un rôle fondamental dans l'équilibre des
écosystèmes.
A cet égard, les "forêts sèches"
- celles qui se développent dans un climat sec - du nord du
Mozambique, et les eaux froides de l'extrême sud de Madagascar sont
des "points chauds" qui passionnent les
naturalistes.
L'expédition terrestre au Mozambique se déroulera
de novembre à décembre 2009 et l'expédition marine au sud de
Madagascar est prévue d'avril à juin 2010.
"Le potentiel de découvertes est
phénoménal", estime Philippe Bouchet.
C'est généralement dans les pays tropicaux que la
biodiversité est la plus riche, mais c'est également là où elle
est la plus méconnue, les capacités d'exploration et d'analyse
étant détenues par les pays développés du nord.
Les forêts du Mozambique restent à découvrir, car
ce pays, contrairement à la Tanzanie et au Kenya, n'a pas bénéficié
de la manne financière internationale, a fait valoir Olivier Pascal,
de Pro-Natura international.
Au total, une centaine de participants de 15 pays se
rendront sur le terrain. Soit un budget d'environ 2 millions d'euros
sans compter les moyens mis à disposition par divers organismes
comme le navire Antéa de l'Institut de recherche pour le
développement (IRD).
"On investit des sommes colossales pour
rechercher la vie dans l'espace, alors qu'on ne connaît qu'une
faible partie de la vie sur terre", a fait observer
Jean-Christophe Vié, de l'UICN.
L'engagement international d'enrayer l'érosion de
la biodiversité dans le monde en 2010 ne sera pas tenu, selon le
Muséum.
La biodiversité, "c'est comme un immense
château de cartes, avec des millions de cartes, les plus petites
tout en bas et les plus grosses en haut avec l'homme au sommet, a
commenté Guy Reinard, président de Pro-Natura. Et les châteaux de
cartes, un jour ça s'écroule".
(AFP) |