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Drôle d’Eid-ul-fitr pour
Marahaba Ahamada. Au lieu de fêter la fin du ramadan avec ses
proches au Port, cette dame de 63 ans a passé l’après-midi
dans les locaux de la préfecture pour tenter de s’opposer à
l’impensable : être renvoyée aux Comores que cette
femme originaire de Mitsamiouli a quittées en 1991 sans y
remettre les pieds depuis.
Que reproche l’Etat français à
cette paisible sexagénaire ? De ne plus être mariée
à un Français. L’histoire devrait d’ailleurs faire
bondir les associations féministes. Après son arrivée
à la Réunion il y a dix-huit ans, Marahaba Ahamada
s’est installée à Saint-Pierre puis au Port avec son
conjoint français, union qui sera officialisée par un
mariage en 2005. Mais en 2007 son époux se sépare
d’elle et engage une procédure de divorce qui est prononcé
en juin dernier. Le problème est que Marahaba Ahamada n’a
pas régularisé sa situation durant son mariage en
demandant un titre de séjour. Plus par ignorance que
négligence. Et c’est ainsi que la sexagénaire est
tombée, il y a une semaine, dans les filets de la police aux
frontières. « Les policiers recherchaient un clandestin
dans le bidonville où vit ma cliente, raconte Me Saïd
Larifou. Ils ont procédé à un contrôle
d’identité sur plusieurs personnes et sont tombés sur
Marahaba Ahamada ».
Dans la foulée, la préfecture
a pris une mesure de reconduite à la frontière à
son encontre pour les motifs d’« entrée et de séjour
irréguliers sur le territoire français ». Par le
biais d’un avocat de permanence, la sexagénaire a effectué
un recours devant le tribunal administratif pour s’opposer à
cet arrêté qui a été confirmé,
lundi, par la juridiction. Conséquence : la reconduite à
la frontière a pu être ordonnée. C’est pour
cette raison que la préfecture avait réservé une
place sur le vol d’Air Austral pour Moroni d’aujourd’hui.
Appelé au secours, Me Larifou a saisi, hier matin, la cour
administrative d’appel de Bordeaux pour contrer l’arrêté
de reconduite. Reste que ce genre d’appel n’est pas suspensif,
comme l’on dit dans le jargon juridique. En clair, la décision
attaquée peut quand même être exécutée.
L’avocat franco- comorien a donc parallèlement saisi
l’Office français de protection des réfugiés
et apatrides (Ofpra) en demandant le statut de « protection
subsidiaire ». Un acte qui, en l’occurrence, a pour effet de
suspendre la reconduite à la frontière. Marahaba
Ahamada ne partira donc pas ce matin pour les Comores. « Le
fils de madame est accusé par les autorités comoriennes
de troubles à l’ordre public à la suite de violentes
manifestations en juillet dernier marquées par un mort et des
blessés graves, explique Me Larifou. Il est en fuite. Cette
dame est donc en danger si elle rentre. Elle peut subir de lourdes
pressions. »
Pour l’avocat, le dossier est de
toute façon bancal. « La préfecture prétend
qu’elle est entrée illégalement en France, ce qui est
faux puisqu’elle avait un visa », insiste Me Larifou en
montrant le passeport comorien de sa cliente. Renvoyer Marahaba
Ahamada aux Comores est donc une aberration, ajoute-t-il. « Je
ne vois pas ce qu’elle peut faire là-bas. Elle a tourné
la page et rompu avec sa famille. Elle a refait sa vie ici. Si elle
avait voulu vraiment frauder, elle aurait engagé rapidement
une procédure de régularisation de sa situation ».
Derrière un dossier de quelques feuilles à en-tête
de l’Etat français se cache donc la situation d’une dame
de 63 ans aujourd’hui désemparée par la machine
juridique qui a pu être stoppée hier. « J’ai
l’impression que la préfecture a singulièrement
manqué d’appréciation, s’indigne Me Larifou. Cette
dame n’embête personne. Sa présence ne constitue quand
même pas un trouble à l’ordre public et encore moins à
l’ordre économique.»
Jérôme Talpin (Le
Quotidien de la Réunion)
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