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Les agents de cette société publique des
télécommunications sont en première ligne de cette fronde contre
la cession d’une entreprise considérée par un grand nombre de
Comoriens comme étant « l’un des plus beaux fleurons des
entreprises publiques du pays ». Une position que le
personnel de la société a clairement exprimée le 27 janvier
dernier en organisant une marche dans les rues de Moroni, la capitale
comorienne, pour attirer l’attention des autorités politiques sur
un « éventuel bradage de cet important patrimoine
national ».
Pour les cadres de Comores Télécom, le temps
imparti (six mois) par le gouvernement pour cette opération de
cession de l’entreprise s’avère « très limité ».
« C’est trop hâtif ! Six mois pour vendre une société
comme Comores Télécom c’est trop peu », souligne Moussa
Mladjao, le secrétaire général du syndicat des agents de Comores
Télécom. « Ce n’est pas pour faire une privatisation
réussie », affirme-t-il, soulignant qu’il faut « un
temps de redressement pour une année d’exercice afin d’avoir
une société viable et vendable». L’inquiétude du
personnel de cette entreprise publique repose surtout sur la
« procédure et la précipitation » dont feraient
montre les autorités comoriennes dans cette opération. « On
craint un bradage », indique Mladjao qui affirme que si
cela arrivait « tout le monde sera perdant ».
Il y a quelques mois, le personnel de Comores
Télécom avait fait une proposition d’ouverture du capital de la
société plutôt que cette privatisation. Ils attendent toujours la
réponse du gouvernement. Selon Mladjao Moussa, les autorités
comoriennes justifient l’exigence de cette cession du capital de
l’entreprise par la crainte que cette société d’Etat ne soit
pas en mesure de faire face à la concurrence de Comoro Gulf Holding,
ce consortium émiratie qui a obtenu la deuxième licence
d’exploitation des nouvelles technologies de l’information et de
la communication aux Comores. Il demande pour cela qu’il y ait une
concurrence loyale, pointant du doigt les largesses octroyées à ce
concurrent de Comores Télécom qui se prépare à s’installer dans
l’archipel. « Il n’a pas payé la licence estimée par
nous à plus de 20 milliards Fc (40 millions d'euros) mais prétend
construire quatre ports pour la modeste somme de 5 milliards. Il ne
paye pas de taxes douanières, même les voitures sont en transit
temporaire et n’a pas un cahier de charge lui imposant d’investir
dans des zones non rentables », a-t-il énuméré.
« Avec un peu de volonté du gouvernement
cette concurrence devrait être loyale et permettrait à Comores
Télécom de tenir », pense ce cadre de la société.
L’autre inquiétude exprimée par le personnel de cette entreprise
publique reste le pourcentage que l’Etat envisage de céder au
futur preneur de la société. « On cède 51% à l’opérateur
qui va venir. C’est du jamais vu ! La plupart des pays
commencent avec un pourcentage moindre, 35% par exemple »,
dit Moussa Mladjao indiquant que le personnel de Comores Télécom
réclame 10% du capital.
Jusqu’ici, les hautes autorités de l’Etat ont
toujours tenté de modérer les appréhensions du public au sujet de
cette privatisation sans trop de succès. Ainsi, le 23 janvier
dernier le président Sambi recevant des notables venus lui exprimé
leur refus de voir « la mise en location ou la cession de la
société nationale Comores Télécom, sous quelque prétexte que ce
soit », les avaient assuré « qu’aucune décision
n’a été prise quant à une privatisation éventuelle ou une
cession de Comores Télécom ». Le chef de l’Etat
comorien avait néanmoins annoncé que « des discussions
allant dans ce sens étaient menées au niveau du Gouvernement ».
Mais a-t-il ajouté « l’avis des techniciens qui seront
consultés avant toute décision sera nécessaire et que le parlement
aura en fin de parcours son mot à dire ».
Qu’à cela ne tienne. Des voix s’élèvent de
plus en plus pour dénoncer l’éventualité d’une cession du
capital de cette entreprise publique à un privé. Cela « ouvrirait
certainement le bal à la liquidation du patrimoine nationale
(hydrocarbures, aéroport, ports ….) au profit de
marchands étrangers sans scrupules », pense Chaharane
Chaher, contrôleur financier dans l’industrie pharmaceutique en
France. « J’ai cru comprendre que les liaisons inter-îles
et internationales, par câble sous-marin, prévues pour être
opérationnelles à partir de mi-2010, et pour lesquelles l’Etat
s’est endetté à hauteur de plusieurs milliards de FC auprès de
la Chine, devraient sensiblement modifier la structure de coûts et
l’économie générale des télécommunications aux Comores, et
autoriser une tarification proche de ce qui se pratique dans d’autres
pays. Or c’est précisément ce moment là que nos dirigeants ont
choisi pour brandir le spectre de la privatisation ! »,
s’étonne encore ce membre de la diaspora. |