|
Une visite prévue... |
|
|
Lors d'une récente entrevue avec Luc Hallade, Ambassadeur de France à Moroni le 8 janvier dernier, nous lui avions évidemment posé la question de la venue de Nicolas Sarkozy aux Comores indépendantes. « Cette visite est prévue pour signer un accord » qui devait sortir du GTHN. Les autorités comoriennes ayant rompu ce processus pour protester contre l'organisation à Mayotte de la consultation sur la départementalisation du 29 mars, « cette visite n'avait plus lieu d'être ». L'Ambassadeur a ajouté que « dès que l'accord sera prêt, le président viendra ».
Du côté de la préfecture de Mayotte, on précise que « la partie comorienne a décidé unilatéralement de suspendre les travaux du GTHN. Les contacts ont toutefois été maintenus par la voie diplomatique, la partie française ayant confirmé sa disposition à poursuivre les travaux de ce groupe, sous réserve que la partie comorienne formule la demande de sa réactivation ».
Créé à l’initiative des Présidents comorien et français et installé à Paris le 4 juin 2008, le Gthn avait pour mission de « favoriser le développement économique conjoint de Mayotte et des Comores, d’encourager la coopération régionale dans divers domaines : police, justice, douanes, santé, éducation, sécurité civile, culture et sport et d’améliorer la circulation des biens et des personnes entre les Comores et Mayotte ».
E.T. |
|
|
|
|
|
|
« Pour nous cette visite est inamicale », lance un conseiller du ministère comorien des relations extérieures à propos du déplacement, lundi dernier, du président Sarkozy à Mayotte, cette quatrième île de l'archipel des Comores qui a choisi de rester sous administration française depuis 1975. Selon Idriss Mohamed, l'un des principaux animateurs du Comité Maoré, une organisation de la société civile comorienne qui milite pour la réintégration de Mayotte dans l'ensemble comorien, le discours prononcé par le président Sarkozy dans cette île était « extrêmement offensif envers les Comores ». « Il n'a rien évoqué d'un quelconque besoin de coopération régionale. Il a, au contraire, démontré une volonté de fermer d'avantage l'île aux ressortissants des autres îles de l'archipel. Il est allé jusqu'à qualifié de vol, les emplois offert aux Comoriens des autres îles à Mayotte », a-t-il commenté. L'avis du chef de la diplomatie comorienne est un peu nuancé. « Offensif, je ne le pense pas. C'était encore une façon pour les autorités françaises d'apaiser les Mahorais. De leur faire miroiter un bien être qui n'en est pas réellement un, quand on connaît les conditions de vie des vrais Mahorais dans leur île », a réagit Ahmed Ben Saïd Djaffar, le ministre comorien des relations extérieures. Selon Idriss Mohamed, cette attitude du Chef d'Etat français serait dictée par un constat d'échec. « Il a été vraiment dur car il a constaté qu'il a échoué dans sa tentative d'imposer la départementalisation de Mayotte aux Comoriens. C'était, en fait, un dépit … », a-t-il estimé. En fait, une visite du président Sarkozy à Moroni, où ils devraient signer avec son homologue comorien un accord global sur les relations entre les deux pays, était prévue depuis longtemps avant d'être annulée à la dernière minute (lire encadré). En effet, le document à parapher devrait être élaboré dans le cadre du groupe de travail de haut niveau (Gthn) initié au mois de septembre 2007 à l'issue d'une rencontre entre Ahmed Abdallah Mohamed Sambi et Nicolas Sarkozy. Mais, à l'initiative de la partie comorienne, ces négociations ont été gelées au lendemain du référendum sur la départementalisation de Mayotte au mois de mars 2009 en signe de protestation. Dès lors, la visite de Nicolas Sarkozy à Moroni est rangée dans le placard. « Le gouvernement comorien a refusé d'avaler cette sublime humiliation », constate avec fierté l'animateur du comité Maoré. « Dans la mesure où les négociations n'ont pas encore abouti, aucun document ne pourrait être signé », avance Ahmed Ben Saïd Djaffar. Pourtant, Soilih Mohamed Soilih, conseiller politique du ministère comorien des relations extérieures, estime que les questions qui étaient en discussions dans le cadre du Gthn restent encore « pertinentes ». « Il s'agit de la circulation des biens et des personnes, notamment le visa Balladur, dont les autorités comoriennes soutiennent sa suppression et la partie française un réaménagement. La coopération dans le domaine de la santé, de la culture etc.… », a-t-il énuméré. « Les discussions entre les deux parties doivent être maintenues. Sous quelle forme ? Cela reste à déterminer », a-t-il ajouté. A en croire, le chef de la diplomatie comorienne, « la coopération entre la France et les Comores est au beau fixe ». Une coopération qui est, jusqu'ici, régie par un document cadre de partenariat signé en 2007 entre les autorités françaises et comoriennes et qui arrive en terme cette année. « Certains points ont été réalisés. On va procéder nécessairement à une évaluation de ce programme », pense le ministre. En clair, une redéfinition des relations entre les deux pays. Commentant la volonté affichée par le président Sarkozy de renforcer les moyens de sécurisation de l'île de Mayotte, Ahmed Saïd Djaffar, indique : « Les autorités comoriennes restent convaincus que tant qu'il n'y aura pas suppression du visa Balladur imposé aux Comoriens qui considèrent que cette île est comorienne, ces moyens de sécurité n'auront pas leur sens effectif ». Autrement dit cela équivaudrait à lutter contre des moulins à vent…
|