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L’ancien préfet de Mayotte, Jean-Jacques Brot, s’est distingué par la fermeté de son action à Mayotte. À l’époque des dérives racistes anti-anjouanaise, Le Quotidien a d’ailleurs dénoncé les excès de cette politique dont l’illustration la plus détestable fut l’incendie criminel d’une trentaine de paillotes occupées par des Anjouanais à Hamouro. Aujourd’hui, dans une interview accordée à Mayotte Hebdo, son remplaçant, Jean-Paul Kihl se déclare décidé à agir avec “fermeté”. Reste à espérer qu’il saura éviter les dérapages qui avaient marqué le “règne” de celui qui n’aimait pas être comparé à un “gouverneur”.
De fait, les mesures de décentralisation en cours à Mayotte, réduisent chaque année davantage le pouvoir du préfet de Mayotte vis-à-vis des élus locaux. C’est donc un préfet “presque de droit commun” qui représente aujourd’hui l’État sur l’île au lagon. Dans un entretien qui se veut pédagogique, Jean-Paul Kihl explique notamment que Mayotte peut accéder au statut de Région ultra-périphérique (Rup) européenne sans attendre son éventuelle départementalisation : “Ce qui importe aux yeux de la Commission européenne, ce n’est pas la forme institutionnelle de telle ou telle collectivité mais le droit qui y est applicable. Le droit applicable à Mayotte est-il eurocompatible ? Reprend-t-il l’acquis communautaire, notamment en matière de libre circulation des personnes, des biens, des marchandises et des capitaux ? Les normes en matière d’environnement sont-elles conformes au niveau d’exigence de l’Union européenne ? C’est pourquoi toute avancée vers le droit commun – et elles sont nombreuses avec les ordonnances prises par le gouvernement sur le fondement de la loi de programme pour l’Outre-mer de Brigitte Girardin, loi du 21 juillet 2003 – est une avancée vers l’Europe et le statut de Rup”.
Jean-Paul Kihl défendra également le caractère progressif du rattrapage du salaire minimum entre Mayotte et la métropole. “L’augmentation du Smig mahorais est bien supérieure depuis plusieurs années à celle du Smig métropolitain, dit-il. Il faut rappeler la situation : entre 1996 et 2002, le Smig mahorais représentait moins de 40 % du Smic métropolitain. Depuis 2003, une accélération du rattrapage a eu lieu et aujourd’hui on approche les 50 %. L’augmentation du Smig doit être progressive pour ne pas casser la dynamique du développement économique de Mayotte et donner à l’initiative privée toutes ses chances”.
Liberté de circulation
Le rattrapage du Smig tout comme la mise à niveau de la fonction publique suscite de fortes impatiences du côté des salariés et Jean-Paul Kihl veut convaincre les syndicats que “les réformes vont vite” : “En moins de deux ans, tous les textes législatifs et réglementaires auront été pris. Jamais en métropole ou dans les Dom, les choses ne sont allées aussi vite”. Dans un climat social relativement tendu, il prévient aux futurs manifestants: “La fermeté est la seule position envisageable. La liberté de circulation est un droit constitutionnel qu’il n’est plus question de bafouer impunément. En collaboration avec la justice, nous avons clarifié la procédure judiciaire de comparution immédiate qui permettra de poursuivre au pénal dans les plus brefs délais les manifestants qui érigent des barrages”.
Enfin, il réaffirme que la priorité est donnée à la lutte contre l’immigration clandestine et il attend des autorités des Comores, d’où viennent les clandestins, qu’ils respectent les engagements pris dans le cadre de la commission mixte franco-comorienne. “À très court terme, nous allons bénéficier de la mise en place d’une capacité de détection lointaine avec la mise en places de sites radar et d’un renforcement de nos moyens d’intervention en haute mer qui assureront une véritable permanence maritime ”, précise-t-il.
Et il ajoute à l’attention de la population : “La lutte contre l’immigration clandestine n’est pas seulement l’affaire de l’État, elle est aussi l’affaire de tous les Mahorais. On ne peut pas vouloir la fin de l’immigration clandestine et faire travailler clandestinement des personnes en situation irrégulière. On ne peut pas vouloir la fin de l’immigration clandestine et louer des logements à des personnes en situation irrégulière. On ne peut pas vouloir la fin de l’immigration clandestine et acheter à des personnes en situation irrégulière des marchandises entrées à Mayotte en toute illégalité”. Le nouveau préfet compte dissuader les manifestants de barrer les routes.
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