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Malango : Après deux mois de présence, que pouvez-vous dire de la situation du tourisme à Mayotte ? Christophe Gravier : Au niveau des chiffres, on compte 37 à 40 mille touristes par an, dont la moitié est affinitaire (retrouver la famille ou des amis), un quart de réelle clientèle touristique, le reste provenant des régions environnantes (essentiellement La Réunion). La problématique est de réinventer un autre mode de tourisme car Mayotte ne sera pas prête à digérer un tourisme de masse. Il faut rendre compatible développement économique et développement durable en préservant la faune et la flore. Au niveau de la culture du tourisme, celle de Mayotte se rapproche parfois de la Creuse : l'accueil touristique n'est pas inné. C'est pourquoi nous avons lancé des opérations comme « La commune la plus accueillante », et je veux mettre en place une Journée du Tourisme, qui rassemblerait les acteurs du milieu. M : Quelles mesures comptez-vous prendre à court terme ? C.G. : Tout est à structurer. Il faut en urgence former l'équipe du CDT pour répondre à la problématique de l'accueil. Nous avons déjà commencé en confrontant les hôtesses aux richesses de Mayotte, car la plupart ne connaissait pas le lagon. Une formation avec des actions professionnelles va suivre. Ensuite, il faut fédérer les professionnels et rendre le service qu'attend le public qui paie cher le billet d'avion. Les aménagements des structures vont intervenir à partir de 2010 : nouvel aérogare, ponton des croisiéristes, sentiers de randonnées. D'autre part, au lieu de laisser les professionnels de l'accueil des touristes et croisiéristes (les réceptifs) gérer en direct, le CDT assurera désormais l'interface entre eux et leurs clients. La communication sur nos richesses doit aussi se faire autrement, car d'autres îles comme la Nouvelle Calédonie, vantent les mêmes atouts que nous. Je penche pour « Mayotte, l'île aux trésors », dont les quatre trésors seraient le lagon, la montagne, la culture et le patrimoine humain. M : Quel est votre budget ? C.G. : 90% de notre budget vient du Conseil général, et il sera connu en octobre ou novembre. Etant donné le contexte actuel de contrôle par la Chambre Territoriale des Comptes, j'ai déposé le budget en demandant une enveloppe qui prenne en compte les urgences. Mais le Conseil général et l'Etat ont des outils pour le tourisme : le Plan d'Aménagement et de Développement Durable (PADD) et le schéma d'aménagement touristique. Nous devons être l'animateur de l'aménagement des 9 sites élus au PADD (1). « Plus on vient de loin, plus on a besoin d'être rassuré ! » M : Quel sont les projets en terme d'infrastructures hôtelières dont la qualité fait défaut à Mayotte ? C.G. : Le seul hôtel classé de l'île est le Caribou (2 étoiles). Mais le nouveau décret d'application du code du Tourisme qui entrera en vigueur à la fin de l'année enlève à l'Etat son rôle de classement hôtelier qui, de plus, était gratuit pour le demandeur. Désormais, ce service est payant et volontaire, et il n'y aura plus d'aide à la rénovation de la part de l'Etat, qui était conditionnée au classement. Je n'ai pas encore pu discuter avec les élus, très occupés avec la Cour des Comptes, du problème de l'hébergement. Des hôtels sont en cours de construction (celui de Sam Aziz, rue du Commerce). Les hébergements doivent avoir des labels référents (clés vacances etc.) car, plus on vient de loin, plus on a besoin d'être rassuré. Il y a en outre, beaucoup de porteurs de projets en gîte et chambres d'hôte qui peuvent se substituer à la faiblesse du parc hôtelier. M : Mayotte est l'invitée d'honneur cette année du Salon de Colmar le 6 novembre. Une délégation était venue à Mayotte en juin. Quel budget le conseil général doit-il allouer, et en a-t-il les moyens avec un déficit de 70 millions d'euros ? C.G. : Nous attendons 290 000 euros. Une délégation de 70 personnes est prévue : artisans, hôteliers, organismes de plongée, pour occuper les 1200 m² du stand central. L'année dernière, le Brésil qui était invité d'honneur, avait mis les moyens… il ne faut pas décevoir. Le container des fournitures est à Longoni, en partance. Les élus maintiennent la demande, et le Conseil général s'est engagé à trouver les fonds nécessaires. M : Votre vision à moyen terme ? C.G. : Une fois tous ces problèmes réglés, et lorsque des liens de confiance seront retissés entre le CDTM et les professionnels, il faudra créer une centrale de réservation à envergure régionale avec les autres îles de l'océan Indien. Propos recueillis par Annette Lafond (1) Un appel d'offre a été lancé cette année pour l'aménagement de 9 sites : Mtsanga Tsoha (M'tsamboro), Mtsanga Hamaha (Mamoudzou), Mironi Kanoua, M'tsanga Gouela, Mariam Lidi (toutes trois à Bouéni), M'tsanga Hadsalé et Mtsanga Chanfi (M'tsangamouji), Bambo Est (Bandrélé) et M'tsangabeach (Sada)
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