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Après avoir bloqué le rond-point de Kawéni et
sensiblement
perturbé la circulation mercredi, les policiers
municipaux, en grève depuis mardi 16 juin, et les agents du Conseil
général, qui les ont rejoint mercredi, ont bloqué l’arrivée de
la barge, jeudi 18 juin.
En début de matinée, les manifestants, arborant
des drapeaux de la CGT-Ma et de la Cisma-CFDT ainsi que des
banderoles réclamant l’intégration, ont investi l’aire
d’arrivée de la barge, à Mamoudzou. Ils ont empêché, pendant
quelques temps, l’arrivée du bâtiment qui relie toutes les trente
minutes la Petite à la Grande Terre et transporte chaque jour des
milliers de passagers.
L’intervention des forces de l’ordre - agents
munis de casques, boucliers et matraques - qui ont repoussé les
manifestants et ont ouvert une voie pour les passagers des barges, a
permis un retour à la normale en milieu de matinée.
Mécontents de « cette atteinte au droit de
grève » selon les termes de l’un d’eux, les manifestants
se sont ensuite dirigés vers l’hémicycle du Conseil général,
qu’ils ont envahi vers 10h30, en chantant « Allah Akbar ».
Ils ont ainsi interrompu une
réunion organisée par la collectivité au sujet de l’enfance et
la famille, au grand dam de leurs participants.
« Si nous sommes ici, c’est pour que les
représentants de l’Etat nous entendent », a averti dès
le début le représentant des agents du Conseil général, M.
Elanrif. « Ici, les agents ont 30 ans d’ancienneté et on
leur propose d’effacer ces 30 ans d’ancienneté de service »,
a-t-il poursuivi, en référence au
protocole d’accord du 8 avril sur l’intégration des agents
publics mahorais, qui ne prend pas en compte leur
ancienneté.
« Qui accepterait ça ? Quelle personne ici
présente accepterait qu’on efface l’ensemble de sa carrière
dans la fonction publique ? Les fonctionnaires mahorais sont-ils des
hommes ou des objets ? » a-t-il renchérit, ajoutant :
« Demain, c’est la retraite. Mais les agriculteurs n’ont
pas de retraite. Les pêcheurs n’ont pas de retraite. Les
fonctionnaires n’ont pas de retraite : 200 euros de pension par
mois, est-ce une retraite ? »
Madi Ibrahime, le porte-parole des policiers
municipaux, qui réclament leur intégration dans le corps national
des policiers municipaux et garde-champêtre, a ensuite évoqué le
cas de ces nombreux « policiers illégaux » : « Je
dirige ma question à monsieur le Procureur [Thomas Michaud, qui
participait à la réunion sur l’enfance, ndlr]. Ça fait longtemps
que nous nous sommes rencontrés et que vous connaissez notre
problème. On emploie dans les communes des policiers municipaux
illégaux, car on nous fait travailler en tant que garde-champêtre,
mais nous n’avons pas les droits d’une garde-champêtre. Quelle
est notre existence ? Nous voulons de la reconnaissance ! »
« Nous ne sommes pas ici pour faire du
bruit, mais pour passer un message », a enchaîné un autre
policier municipal. « Sur nos contrats et sur les arrêtés
de nomination, il était bien spécifié que nous exercions les
missions de police municipale. Or ces contrats et arrêtés étaient
soumis jusqu’en 2005 au contrôle de légalité de la préfecture.
Hier [mercredi], le préfet nous a dit qu’il ne pouvait rien alors
que la préfecture a laissé faire pendant des années ».
Les autres intervenants ont stigmatisé les réponses
du préfet lors de leur rencontre la veille, et l’incapacité des
décideurs à trouver des solutions. « Nous sommes fatigués
de toutes ces réunions qui n’aboutissent à rien », a
dénoncé Kamiloudine Djanfar, secrétaire général adjoint de la
CGT-Ma. « On a trop attendu ! Nous sommes dans une situation
de crise, il nous faut des réponse à une crise ! »
Après avoir entonné l’hymne national, La
Marseillaise, les grévistes ont ensuite demandé l’organisation
d’une table ronde réunissant les élus et les représentants de
l’Etat, sans succès. Le président du Conseil général présent à
la réunion, Ahmed Attoumani Douchina, s’est dit disposé à les
recevoir, tout en réaffirmant « s’en tenir au protocole
d’accord du 8 avril ».
Trois quart d’heure après avoir envahi
l’hémicycle, les manifestants sont repartis déçus - « Ils
font une réunion sur la maltraitance de l’enfance mais ils nous
maltraitent eux-mêmes », a dit l’une d’eux.
L’intersyndicale a décidé de poursuivre son mouvement vendredi
matin.
RC |