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Le substitut du procureur de la République, Thomas Michaud n'a pas masqué sa fierté à l'audience correctionnelle du 18 juin, lorsqu'il a déclaré : "J'éprouve aujourd'hui une grande satisfaction de vous présenter autre chose que de simples passeurs. Nous avons devant nous un vrai réseau mafieux qui tire profit de la misère humaine". Habituellement jugés en comparution immédiate et condamnés à douze mois de prison ferme, et bien que présentés comme des "exploiteurs de misère", les passeurs, souvent de simples pêcheurs, ne sont pas les premiers responsables du trafic de kwassas entre Anjouan et Mayotte. Ils sont pourtant les plus exposés. Rarement les vrais commanditaires –propriétaires de barques et organisateurs de filières- sont jugés : ce procès concernant un de ces réseaux fut donc une première. Les quatre prévenus qui comparaissaient à la barre –en l'absence du cinquième en fuite, Abdourazak, qualifié par M. Michaud de "grand horloger" et qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt international- étaient accusés d'être les chevilles ouvrières d'un réseau de passages clandestins de personnes mais aussi de drogue entre les deux îles distantes de 70 km. L'affaire remonte au 31 août 2006, lorsqu'un kwassa appartenant à Abdourazak est arraisonné dans le lagon par la gendarmerie. Outre 15 passagers, le passeur transporte 3 kilos de bangué -l'herbe locale. Lors de son interrogatoire, il révèle qu'il doit transmettre la drogue à un homme de nationalité malgache dont les enquêteurs avaient déjà entendu parler, ainsi qu'à une femme, la nièce du "grand horloger", de nationalité française. La mise en place d'écoutes téléphoniques permet de prouver que ces derniers sont en contact régulier avec Abdourazak à Anjouan, ainsi qu'avec sa femme, avec qui ils organisent les venues des barques clandestines et discutent des tarifs et des adresses où envoyer les "colis". Après plusieurs mois d'enquête, ces deux individus sont interpellés en mars 2007. Rapidement, ils dévoilent tout : les personnes qui, à Mayotte, veulent faire venir clandestinement des membres de leur famille contactent la nièce et lui payent 120 euros par personne –en général ; trois à quatre fois par mois selon elle, celle-ci se rend à l'aéroport et confie à un passager qui part à Anjouan une enveloppe adressée à Abdourazak ; elle sert ensuite de relais entre ce dernier et les familles. Quand elle n'est pas là, c'est le Malgache qui la remplace. Le trafic est d'importance : selon sa nièce, Abdourazak affrète un kwassa par jour en moyenne. Quant au bangué importé, le Malgache l'estime à 1.000 kg par mois… Arrivée quelques jours après leur arrestation pour les remplacer, la femme d'Abdourazak est elle aussi arrêtée. Puis c'est au tour d'une quatrième personne : un commerçant en situation irrégulière qui aurait financé la fabrication de barques par Abdourazak. Des quatre prévenus, il est le seul à nier les faits. Selon son avocate, Me Fatima Ousséni, l'argent qu'il aurait remis à Abdourazak devait servir à fabriquer trois barques de pêche pour "des membres de sa famille et rien d'autre". Le cas particulier de ce dernier, incarcéré depuis plus d'un an comme le ressortissant malgache, inspirera au procureur plus d'indulgence que pour les autres. M. Michaud réclamera 3 ans de prison ferme, contre 5 pour les trois autres, et 10 pour Abdourazak, au cas où il serait arrêté – "des peines exemplaires", a estimé le procureur. Verdict le 2 juillet. VM
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