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Lors de la perquisition qui visait plusieurs stations BLU dans l'île mercredi 21 mai, et qui a permis d'en démanteler trois à Dzoumogne, Koungou et Dembéni, les policiers ont saisi un montant total de 4.500 euros et six radios BLU, ainsi que des livres de comptes. Huit personnes ont été interpellées – trois d'entre elles n'ont pas été jugées en comparution immédiate. Selon le procureur, le réseau des BLU représenterait à Mayotte un trafic annuel de 3,5 millions d'euros à destination des Comores indépendantes ou de Madagascar. En 2004 déjà, une vaste opération avait permis aux autorités françaises de saisir 19 postes BLU. |
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Arrêtés mercredi 21 mai suite à une vaste opération menée par le GIM (Groupement d'intervention de Mayotte, structure qui regroupe les différents services de l'Etat), visant plusieurs stations BLU disséminées dans l'île et consécutive à plusieurs mois d'investigation, les prévenus issus des villages de Dzoumogne (2), Koungou, Dembeni et Iloni ont été jugés vendredi 23 mai en comparution immédiate, après deux jours de garde à vue. Il leur était reproché d'avoir, "en 2007 et 2008" selon la présidente du TPI, "pénétré et séjourné sur le territoire français sans autorisation", "effectué des opérations de banque" sans en avoir l'autorisation, "fourni un service de communication sans autorisation préalable", et "facilité l'entrée et le séjour d'étrangers en situation irrégulière à Mayotte" en exploitant des BLU. Si les trois premiers points sont, selon le procureur lui-même, quasi anodins, c'est sur le dernier que Thomas Michaud a mis l'accent. Il estime en effet que les stations BLU jouent un rôle important dans l'immigration clandestine, qu'ils "alimentent". Ainsi selon le substitut du procureur, qui a évoqué une enquête "remarquable" de la part des services de police, le démantèlement de ces stations est une priorité qu'il inscrit "dans la lutte contre l'immigration clandestine telle que souhaitée par le législateur". Pour lui, les stations BLU sont "un véritable soutien à l'immigration clandestine", un "appel d'air" qui permet aux Comoriens d'envoyer de l'argent à leur famille, et donc "de rester à Mayotte" dans ce but précis. Utilisé à la base par les marins pour communiquer leurs positions au large, ce type de radio est devenu dans les années 1980 un moyen de communiquer entre les îles de l'archipel -voire avec Madagascar-, et surtout de transférer des fonds. Mais si cette activité est tolérée aux Comores indépendantes, elle est activement prohibée à Mayotte. "D'abord parce qu'il s'agit d'un service de communication et d'une activité de banquier qui demandent des autorisations [que n'ont pas les propriétaires de BLU], mais surtout parce qu'elle alimente l'immigration clandestine", a indiqué Thomas Michaud à l'audience. Au cours de son réquisitoire, ce dernier n'a pas hésité à comparer les employés de ces stations aux passeurs. "La seule différence est que les employés de BLU ne mettent pas en danger la vie d'autrui", a-t-il toutefois précisé. "C'est la raison pour laquelle je demande la même peine pour ces personnes que pour les passeurs : un an de prison. Mais c'est aussi pour cette raison que je comprendrai qu'elle soit assortie de sursis". "Veut-on réellement lutter contre l'immigration clandestine avec ce type d'opérations ? J'en doute" a pour sa part asséné l'avocate des prévenus, maître Sylvie Sevin. Selon elle, les BLU sont avant tout "un phénomène culturel et sociologique", une pratique "moins chère" et "instantanée" qui permet d'envoyer des petites sommes (40, 50 euros) sans trop débourser –à Mayotte, les stations prennent 10% de la somme envoyée, et fixent le prix de la communication entre 6 et 10 euros. Rien à voir avec les tarifs prohibitifs de la Western Union… Il faut savoir que les stations BLU ont un rôle essentiel pour des milliers de Comoriens parmi les plus démunis, leur permettant de recevoir de l'argent bien souvent indispensable à leur survie, et de communiquer avec la famille. "Il faut faire preuve de mesure", a conclu l'avocate, mettant en lumière la situation précaire de "ces lampistes", tous vêtus chichement à l'audience, issus de familles défavorisées à Anjouan, et dont un seul des cinq a un niveau scolaire supérieur au primaire. Une argumentation que n'a pas retenue le tribunal. La présidente a répondu aux exigences du procureur en condamnant les cinq hommes, âgés entre 19 et 48 ans, à huit mois de prison ferme et quatre mois avec sursis, ainsi qu'à une interdiction du territoire français de deux ans. Elle a également ordonné la saisie du matériel. VM Sur le rôle des BLU dans l'archipel, lire Kashkazi n°70 (mars 2008), sur www.kashkazi.com |